Lynn marchait à grands pas vers le QG Arnaith. Ses pensées voletaient en tout sens tandis qu'elle essayait de se calmer un peu. Le coup de fil qu'elle avait passé à Christian ne s'était pas passé comme elle l'aurait souhaité : il n'avait pas bien pris le fait qu'elle veuille repasser au bureau pour régler une affaire urgente au lieu de rentrer directement chez eux. Elle se demandait pourquoi. Cela l'avait un peu perturbée et agitée car elle n'était pas habituée aux disputes.
Cette fois, pourtant, elle ne pouvait pas céder, ce qu'elle devait faire concernait l'Arnaith et avait donc préséance sur à peu près tout le reste. La conversation avec Nergal, bien que très courte et peu satisfaisante, lui avait appris ce à quoi ressembleraient sans doutes ses troupes. Essentiellement, si on suivait l'exemple donné, des psychopathes impolis imbus de leur personne et qui se donnent des grands airs. Avec tout le lot de pathologies psychologiques qui allaient avec, sans doute. Malgré ce que les toubibs et les M voulaient bien dire, le sérum influait sans doute sur la personnalité, ou du moins, Lynn avait de sérieux doutes là dessus.
D'un point de vue éthique, cela ne gênait pas la jeune femme. Il était normal de faire des sacrifices pour une cause juste. Ce qui la gênait, c'était que cela puisse compromettre ses ordres et les interventions.
Ses pas la portaient au coeur de la ville, tellement habituée à ce genre de trajet et à l'agencement des rues qu'elle n'y accordait plus de pensée consciente. L'instinct gérait son itinéraire. Et c'était tant mieux, étant donné le soir qui approchait et la lumière déclinante du soleil. La ville devenait de moins en moins accueillante à mesure qu'elle sombrait dans une demi obscurité et seuls quelques quartiers continuaient à rester animés et éclairés toute la nuit. Le reste changeait de visage, devenait plus sinistre, plus décrépit. L'illusion de vie qui restait à Paris de jour s'effaçait sous les rayons de la lune. Et tout cela, on le devait aux créatures qui refusaient de prendre leur vraie place dans la société. Elle avait vu de quoi ces dernières étaient capables. Elle savait qu'elles ne proposaient que destruction et chaos.
Lynn s'étonnait qu'elles réussissent à berner autant de nouveaux adhérents. Elle serrait les dents et les poings sous l'effet de la colère quand un bruit attira son attention. On ne pouvait pas dire que cela soit un bruit inhabituel, malheureusement. Il s'agissait des échos d'une agression, probablement. Elle hésita un instant à intervenir mais allait passer son chemin quand un feulement sourd parvint à son ouïe si sensible.
Son sang ne fit qu'un tour. Des créatures étaient impliquées. Le lieutenant partait en chasse. Un coup d'oeil dans la ruelle lui indiqua qu'un homme était déjà à terre et que son compagnon était blessé, une griffe plantée dans la jambe. Leurs deux adversaires s'avançaient, menaçants. L'éclairage de mauvaise qualité empêchait Lynn de mieux distinguer les protagonistes mais elle avait vu un rayon de lumière jouer sur les griffes des attaquants. Elle devait intervenir.
Alors qu'un rugissement sauvage s'élevait dans la ruelle sombre, la jeune femme s'élança et se plaça entre les "créatures" et leur proie, faisant feu de son arme de poing avec une vitesse déconcertante. Elle avait les accréditations nécessaires pour employer de l'armement de classe militaire en terrain urbain quelles que soient les conditions. Une sorte de permis de tuer spécial Arnaith, en quelque sorte. Jusqu'ici, elle n'en avait fait usage qu'au cours de missions très spécifiques, mais dans le cas présent, pas le temps de tergiverser.
Son manteau, ouvert pour lui permettre de dégainer le pistolet APACHE, flottait dans la brise. Elle eut le temps de se maudire de ne pas avoir eu le temps de le retirer : le mouvement de l'étoffe amoindrissait la précision du tir et serait pénalisant en combat.
Les aiguilles, pourtant, fendirent l'air dans un aboiement étouffé avant de s'enfoncer dans la chair de la cible sans un bruit. Le tir était ajusté avec précision et pas une aiguille ne se perdit dans la nature. L'impact ne devait pas avoir été mortel mais le choc et le traumatisme risquaient d'avoir sérieusement sonné le combattant.
Elle avait eu l'effet de surprise pour elle, ce qui expliquait la facilité avec laquelle elle venait de mettre hors de combat son adversaire. Elle fronça tout de même les sourcils. Si facilement maîtrisé, il devait s'agir d'une toute jeune créature ou alors d'un être malade et diminué. Pas un Thianra en tout cas. Pas de chance.
Elle fit barrage au dernier hostile en vue et lui intima l'ordre de se rendre.
"Couchez-vous à terre et vous ne serez pas blessé. Dans le cas contraire, j'ouvre le feu."Sa voix était calme et posée, elle portait très bien malgré un volume normal. Elle était aussi dénuée d'émotion. La procédure était importante, on ne pouvait pas laisser des sentiments personnels influer sur l'issue d'une intervention.
Elle ajouta par dessus son épaule, sans regarder la victime de l'agression pour ne pas perdre l'attaquant de vue :
"Vous ne risquez plus rien, je suis de la police."C'était la procédure dans ce genre de cas. Plus facile à comprendre pour les civils, plus rapide aussi, cela ne nécessitait aucune explication supplémentaire. Contrairement à "Arnaith", "police" passait toujours mieux avec le citoyen moyen.
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Equipée des Bottes de convocation d'Hémoroïdes
"La mort vient de du derrière."