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 L'air libre...

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Algol
Sous-chef de la Thianra

Sous-chef de la Thianra


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Race: Créature léopard des neiges
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MessageSujet: L'air libre...   Jeu 3 Aoû - 17:48

Le bois de Vincennes avait bien changé, en quelques mois. La belle forêt aérée, idéale pour la promenade familiale du dimanche, était devenue une jungle obscure, aux sentiers laissés en friche. Et comme toute jungle qui se respecte, elle possédait ses fauves. Des créatures hybrides, des humains croisés avec des félins qui pour la plupart provenaient justement des forêts exotiques. Des créatures encore libres, qui s'arrangeaient bien souvent pour que leurs visiteurs humains ne ressortent pas du bois en vie.

Mais les humains s'étaient adaptés, eux aussi. Mis en confiance par la défaite de la Thianra, ils avaient été plus excités qu'agacés par ces monstres qui se réfugiaient dans la forêt, et ils s'étaient empressés d'inventer des moyens d'en tirer profit. Les "safaris de l'extrême" s'étaient multipliés, avec le désaccord officiel des autorités et leur bénédiction souterraine: comment en vouloir à quelques braves chasseurs désireux d'éradiquer ces bêtes féroces qui menaçaient les homo sapiens de base?...

Algol s'était fait tiré dessus deux fois depuis qu'il était entré dans les bois, deux fois. Il n'était pas encore assez rouillé pour ne pas semer quelques abrutis et leurs fusils de chasse, mais il s'était fait peur. Neuf mois de captivité avaient atrophié ses muscles, ils avaient miné sa résistance physique et fait fondre ses réserves - même si sa maigreur tenait plus à la masse musculaire perdue qu'à la graisse consommée par le stress. Alors que le léopard des neiges était auparavant capable de courir pendant toute la journée d'un pas égal sans ressentir plus qu'une pointe de fatigue, il avait eu toute la peine imaginable à traverser la ville pour s'éloigner le plus possible de la demeure de Catelyn. Il avait toujours son collier autour du cou, et s'il avait réussi à le désactiver, il n'était pas encore parvenu à en arracher le boîtier. Alors il avait couru, de toutes ses forces, vers le seul endroit qui lui venait à l'esprit: la forêt.

Il était libre, mais il était à bout de forces. Haletant, Algol courait à travers les bois sans oser s'arrêter. Il était encore trop près de la lisière. Pourtant ses muscles le faisaient souffrir, et sa poitrine le brûlait... Il trébucha et manqua de s'étaler dans les feuilles mortes, ce qui était pour lui aussi inhabituel que ça l'aurait été pour un spécialiste du cross-country. L'ancien sous-chef reprit son équilibre avant de se décider à s'arrêter, plié en deux par un point de côté, les mains posées sur ses genoux. Le bruit de sa respiration hachée le gênait pour surveiller son environnement, mais il pensait pouvoir affirmer qu'il avait semé les chasseurs. De toute façon, la question ne se posait pas: il était totalement épuisé, incapable de repartir.

Algol jeta un coup d'oeil autour de lui, avant de remarquer quelques buissons disposés en demi-cercle. Il s'approcha de l'espace libre qu'ils dissimulaient et y sentit l'odeur d'une créature, mais le propriétaire des lieux ne semblait pas être dans les parages. Tant mieux. De toute manière il n'avait plus le choix. Algol retira le sac à dos qui contenait la bouteille d'eau et les quelques vieux vêtements qu'il avait "empruntés" à Catelyn, puis il se laissa tomber entre les buissons avec un soupir de soulagement. Il resta un instant assis là, le tête entre les mains, à tenter de ralentir les battements de son coeur.

Libre, bon sang, libre... il était dehors... et il avait même pris un petit coup de soleil à force de courir pendant des heures sous le soleil de l'après-midi estival, ce qui n'était guère étonnant vu la pâleur maladive que l'enfermement avait conféré à sa peau déjà naturellement blanche. Algol attrapa sa bouteille à tâtons et acheva de la vider. La canicule ne l'avait pas aidé à courir: ses gènes de léopard des neiges n'étaient pas faits pour ça. Il avait vraiment besoin de repos. Il prendrait plus tard le temps de réfléchir.

Algol récupéra son sac et s'allongea pour l'utiliser comme oreiller, en l'entourant de ses bras pour le retenir. Recroquevillé en chien de fusil entre les buissons, l'air aussi pitoyable qu'appaisé dans son tee-shirt trop large et son vieux pantalon de jogging, l'ancien sous-chef de la Thianra ferma les yeux, sans penser une seule seconde à l'éventuel retour du félin dont il empruntait la couche. Il était libre... enfin libre...

Le léopard s'endormit, d'un sommeil de plomb bien peu compatible avec le fait qu'il entamait une mémorable carrière de fugitif.




[priorité à Laïna ^^]

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Laïna
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 4 Aoû - 0:25

[ J’arrive j’arrive ! Bon par contre, désolée, moi gros boulet dans mon écriture mais moi manque d’entraînement en ce moment]]

Bleu comme un océan de pureté. Tel était la couleur du ciel en ce jour de chaude canicule. La plupart des rues étaient désertes, les gens retranchés derrière leur murailles pour tenter de faire front au soleil. Comme s’ils espéraient dominer les forces naturelles. Ils étaient affligeants avec leur incessante manie de toujours tenter être plus fort que tout. Plus fort même que la nature. Cependant cela arrangeait bien la fine silhouette d’une créature partie en quête de nourriture. Elle revenait avec un plein sac de victuailles durement arrachées à leur propriétaire, le marchand épicier du coin d’une rue, quelque part dans Paris. Il avait simplement cligné de l’œil le petit. Et maintenant, la jeune féline glissait légèrement sur sol afin d’aller retrouver ses quartiers pour pouvoir déguster en paix sa chasse arasante. Il lui fallu cependant pas moins d’une heure et demis pour arriver à la lisière de ce qui était dorénavant le refuge des créature : le bois de Vincennes.

Elle s’engouffra dans les hautes broussailles du bois, tout en ne cessant pas un instant de regarder autour d’elle. Elle se méfiait toujours terriblement des mâles et des humains qui pouvaient traîner ici à n’importe quelle heure de la journée et de la nuit. Une fois dans son « trou », elle ne risquait plus. Elle avait mis au point quelques pièges avant-gardistes pour prévenir d’un envahisseur potentiel. C’était devenu une manie chez elle de se méfier de tout ce qui pouvait bouger. Elle avait retrouvé la liberté au prix de nombreux sacrifices et n’était pas prête à se laisser marcher sur les pieds de si tôt. Cependant, c’était plutôt aux humains de rester sur leur garde lorsqu’ils organisaient des sois disant « safaris ». tant qu’ils ne tombaient sur une créature enragée, toutes les chances étaient avec eux pour qu’ils ressortent indemnes de la forêt. Mais s’ils avaient le malheur de viser Laïna à bout portant, ils pouvaient dors et déjà dire adieu au beau soleil de cette planète. Il était juste à espérer qu’ils aimaient les racines de pissenlits et les colonies de vacances groupées.

Il est vrai que lorsqu’on avait connu la petite féline d’il y a à peine un an, on pouvait vraiment se questionner sur le fait d’avoir la même créature en face de sois. Elle qui autrefois avait été si douce et pure, prête à tout pour défendre la paix entre les deux espèces. Dorénavant, elle n’avait plus aucune pitié et encore moins de respect pour cette race inférieure et primaire qu’était le genre humain. Après ce qu’ils lui avaient fait, il fallait bien avouer qu’elle possédait des décharges pour l’excuser…

Une branche craqua non loin d’elle et coup de feu retentit. Elle sauta de côté, juste à temps pour entendre siffler la balle à quelques millimètres de sa tempe. Son visage devint soudainement terriblement pâle. Elle venait de frôler la mort de quelques secondes à peine. Mais sa peau ne tarda pas à reprendre une couleur teinté, bien plus rosée que la normale du reste. Elle venait de se mettre dans une rage folle et il allait dans leur intérêt à ces humains, de prendre leurs jambes à leur cou avant de connaître un sort tragique. Ils n’avaient jamais lu Hamleth ceux là ! Où était ce une autre pièce ? Elle ne s’en souvenait même plus… Dans un bond formidable, elle sauta sur une branche située en hauteur afin de repérer sa cible. Elle ne mit pas longtemps à la trouver, une autre balle venant lamentablement s’échouer contre l’écorce de ce pauvre arbre qui n’avait rien demandé à personne. Après les créatures, c’était le tour des végétaux à être martyrisés. Vraiment aucune vergogne ces égoïstes ! Dans un autre bond magnifique, elle rattrapa la branche d’un arbre voisin avant de se laisser tomber juste derrière le premier groupe d’humain. il y eut quelques coups de feu puis plus rien. Une créature en moins pouvait se dire le deuxième groupe situé non loin de premier. Et bien non, dommage pour eux, ils n’avaient pas tiré les bons numéros du loto. Un bruit de broussaille, une branche qui s’agite et six griffes qui viennent lacérer avec passion la chair tendre et contracté des chasseurs. Quand donc arrêteraient ils de se croire supérieurs ! Combien cela en faisait il en moins ? Cinq ! Jolie chasse.

Elle fit quelques pas pour ramasser son sac de provisions et d’affaires en tout genre et rentra dans son coin, une grimace de douleur sur le coin des lèvres. Il fallait reconnaître qu’il fallait un certain niveau de suicide pour se lancer dans un combat de face avec des armes à feu. Elle avait gagné certes mais n’était pas ressortie totalement indemne. Une balle lui avait éraflée l’épaule qui saignait abondamment. Rien de grave en sois mais cela était tout de même douloureux et suffisait à la calmer quelque peu. Elle marche tout de même jusqu’à sa petite tanière de buisson, là où elle pourrait enfin être tranquille, en paix, seule…

Loupé pour ce qui était d’être seule ! Une masse vivante était plantée là, en plein milieu de son petit coin paisible. Quel culot, venir empiéter sur son territoire. Il était cependant courageux, ou alors stupide. Aucune créature n’osait s’aventurer ici, c’était un lieu maudit d’après les dires. C’était du reste la raison pour laquelle elle était venue s’y installer. Ce qui l’étonna d’avantage c’était qu’aucuns pièges ne s’était mis en route. Il devait y avoir un soucis dans le système. Mais bon, la créature semblait dormir à point fermés. Elle était arrivée jusqu’ici, elle méritait bien un repos à son aise. Laïna posa doucement le sac sur le sol de sorte que cela ne réveille pas le bel endormi. Elle se demandait bien en revanche ce qu’il pouvait faire là, n’ayant aucunement reconnu Algol. Il eut mieux valu pour lui de toute manière, car autrement, il aurait pu dire adieu à sa sieste ! Elle se contenta juste de s’asseoir et de se mettre à chantonner doucement, comme elle en avait tant l’habitude… En même temps qu'elle se mettait curieusement à fouiller dans le sac de l'inconnu.

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Algol
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 4 Aoû - 15:29

[Tu n'arrêteras donc jamais de te dévaloriser? Wink Tu écris très bien, voyons! Ma réponse est courte, mais je me rattraperai, c'est juste que là je ne vois pas trop bien quoi faire... ^^"]


En temps normal, Algol ne serait jamais resté assoupi alors qu'on l'approchait, même si "on" était la créature la plus discrète du monde. Les félins ne dormaient que d'un oeil, en permanence sur la défensive, prêts à tout instant à bondir sur leurs pattes et à sortir les griffes pour se défendre. Le léopard des neiges ne faisait pas exception à la règle. Mais voilà, le sommeil d'Algol n'avait aucun rapport avec ses siestes ordinaires. Il était totalement épuisé, usé sur le plan physique aussi bien que nerveux, et son organisme à bout de forces n'était plus en état de maintenir un état de veille. Aussi la créature ne réagit nullement à l'approche de la propriétaire de sa couche, et il frémit à peine lorsqu'elle lui ôta délicatement son sac. Algol émit un vague gémissement et il se retourna dans son sommeil, mais il ne tarda pas à retrouver pleinement les bras de Morphée. Le léger fredonnement qui s'éleva alors dans le petit bosquet l'y aida beaucoup.

Pourtant, il y tenait à ce sac. Ce n'était qu'une simple besace de tissu, mais elle renfermait tout ce qui lui restait - c'est-à-dire pas grand chose en soi. Le petit hologramme qui contenait le code de l'électrode de son collier, deux ou ou trois chemises que Catelyn lui avait achetées. L'un de ses gilets crème, qu'il avait emporté à la fois parce qu'il y tenait, et pour faire croire à l'Arnaith qu'il le porterait - une description érronée de Catelyn à ses subordonnés ne pouvait que l'aider. Oh oui, ce n'était véritablement pas grand chose. Mais le lot comprenait un petit piège tout ce qu'il y avait de plus simple: une bouteille de plastique vide un peu compressée par la dernière goulée qu'Algol y avait bu.

Lorsque la créature inconnue enfonça un peu plus ses fines mains dans le sac, le léopard entendit clairement le froissement du plastique, et il se réveilla en sursaut. Il se redressa brusquement, le regard encore embué de sommeil, pour distinguer une silhouette féline accroupie au-dessus de sa besace.


"Eh! Mais..."

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Laïna
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Lun 7 Aoû - 12:17

A la découverte du sac, la jeune féline parut fascinée. Elle n’avait en rien perdu son caractère de curieuse indomptable. Que pouvait bien renfermer cette malle aux trésors ? Elle déballa un peu le contenu : quelques chemises qu’elle apprécia vivement, un beau gilet crème- qui n’était pas sans lui rappeler de bons vieux souvenirs- un hologramme quelle jugea sans importance et… une vieille bouteille de plastique froissée qui en plus d’être manipulée fut jetée sur le côté dans un haussement d’épaule délicat. Seulement, sa discrétion avait été si grande que le félin en avait quitté les bras de Morphée. Elle stoppa net de faire monter sa chansonnette et prit un air extrêmement surpris n’ayant pas prévu de devoir lui faire face de si tôt. Sans compter qu’elle se sentait un peu mal à l’aise de l’avoir déranger. Pour dormir aussi paisiblement, il lui fallait être vraiment épuisé… Tout cela était très excitant pour la jeune féline. Entre sa partie de chasse, sa course et ses vols et maintenant un étranger qui venait lui tenir compagnie…

« Oups ! Pardon, je suis désolée. N’ayez crainte, continuez à dormir, je monte la garde ! »

Elle n’avait que murmuré pour éviter que quiconque ne l’entende. Mais son estomac fut bien moins discret qu’elle et raisonna fortement dans le bosquet. Elle aurait bien dégusté sa chasse mais il lui fallait tout d’abord préparer les aliments. Et avant tout, enlever ses affaires sales tâchée de sang pour ne pas attirer les curieux de par l’odeur âcre du liquide vermeil séché. Il y en avait de toutes les sortes. Du sang humain, du sang animal et du sang de créature. De quoi attirer bien des inquisiteurs ! . Mais elle avait le gros avantage d’avoir une place de choix dans ce bois devenu jungle. Non seulement c’était un coin dit «hantéé » où personne ne s’aventurait vraiment, mais il passait un petit ruisseau à la mélodie claire à quelques mètres seulement. Sans parler de la planque secrète qu’elle avait découverte et qui lui permettait de rester en paix durant les périodes incertaines.

Elle se leva doucement pour ne pas trop forcer sur son épaule endolorie et se dirigea vers le ruisseau en disparaissant derrières les broussailles, laissant l’inconnu seul continuer de se reposer durant quelques minutes. Elle s’enquit à regarder que personne de mal intentionné ne l’observait avant d’entrer dans l’eau et d’en ressortir peu de temps après. Cela faisait du bien par une forte chaleur comme en ce jour, de pouvoir se rafraîchir un peu et se débarrasser de la transpiration qui vous colle à la peau et vous dégouline le long du corps en vous chatouillant sur le passage. Elle s’empressa ensuite de changer de vêtement en farfouillant dans ses affaires à elle sans la moindre gêne de n’être couverte que par une grande serviette qu’elle avait volée, elle ne savait même plus où. Elle ne tarda pas être vite rhabillée ne laissant que son épaule à jour pour la soigner un peu. Elle ne s’inquiétait même pas de savoir si le félin dormait ou pas. Même si elle gardait un certain côté pudique, la gêne ne la gagnait plus que très rarement.

Elle se débrouilla tant bien que mal pour sortir une mallette à pharmacie de son paquet de commissions et s’enquit de recouvrir la blessure d’un bandage sans prendre la précaution de désinfecter la plaie. Elle ne le faisait jamais de toute manière. Lors de son séjour aux enfers, personne ne la soignait lors d’une blessure grave. Elle avait dû devenir forte et apprendre à cicatriser seule. Depuis, elle avait un peu oublié l’importance de prendre soin de sa santé. Elle continua ensuite à farfouiller dans son sac, sortant des biscuits et quelques autres mets aux allures alléchantes pour une personne qui n’avait pas mangé depuis fort longtemps. Le tout assortit d’une ou deux bouteilles de jus de fruit pour redonner de l’énergie. Quand la gourmandise vous tient… Elle prit un biscuit et le dévora avec aisance, ressemblant plus à un goinfre qu’a une jeune féline bien éduquée. Mais soudain, elle se stoppa net. Elle en aurait presque oublié qu’elle n’était pas seule.

Son regard se tourna de nouveau vers le félin qui visiblement ne dormait pas. Il n’avait peut être pas pu se rendormir avec le bruit qu’elle avait fait… Tant pis pour lui, après tout, elle ne l’avait pas invité ! Et puis après un moment d’ignorance, elle finit par se détendre, se sentant plutôt en confiance. Un peu comme la fois où elle avait rencontré le sous-chef et la jeune Arnaith près de l’école. Sauf que ce n’était pas vraiment la même situation. Le sous-chef était en cage derrière des barreaux et sa compagne humaine… Laïna s’était enfuit en courant lors de sa dernière rencontre avec. Il faut bien reconnaître que les choses avaient changé et la jeune féline avait difficilement encaissé le fait que le chef incontesté de la Thianra soit prétendu mort. Désormais, elle savait qu’il ne l’était pas mais sur le coup, la nouvelle l’avait totalement bouleversée.

Aucun sourire ne se dessina sur le visage dur de Laïna. Elle se contenta de prendre un biscuit et de le tendre à l’inconnu. Il en avait bien plus besoin qu’elle à voir sa maigre carrure. Il faisait presque pitié à voir. Il ressemblait à un fugitif qui découvre le monde réel après des années d’absences. Le pauvre, elle savait ce que cela impliquait et surtout la sensation terrible qui vous possédait durant les premiers temps de retour à la liberté.

« Tenez, mangez un peu. Vous ne semblez pas dans le meilleur de votre forme… Ne soyez pas timide, je ne vous ferais pas de mal. J’ai eux ma dose de victime pour la journée ! Si vous le voulez, il y un ruisseau juste là derrière les buissons, vous pouvez vous y débarbouiller si vous le souhaitez. Par cette chaleur, cela ne vous fera que du bien. »

Elle ne pouvait pas être plus accueillante. C’était même un miracle qu’elle réagisse avec autant de calme et de désinvolture. Elle qui d’ordinaire ne supportait pas la présence de quiconque sur ses terres… Elle profita de l’occupation du mâle pour préparer un repas plus conséquent. C’était bien joli de se dire rebelle mais pour arriver à faire aux dangers et aux humains fous, il fallait des forces et de l’énergie que seul un bon repas pouvait offrir. En réalité, elle le faisait plus par instinct que par faim. Elle avait particulièrement maigrit depuis l’an dernier car ses rations avaient été plus que diminuées pour la rendre nerveuse et agressive, assez furieuse pour avoir envie de tuer. Et depuis, elle ne mangeait pas plus. Cela faisait parti des implications horribles du retour aux choses normales et à la liberté. Même si toute créature aimait la liberté et était prête à tout pour la retrouver, il n’en allait pas moins qu’il était difficile de perdre les manies prises en captivité. Désormais, il ne lui restait plus que la puissance de ses muscles féminins et la peau sur os. C’était bien suffisant en soi et elle ne souffrait aucunement, sans compter que malgré sa maigreur, elle avait prit en maturité et le spectacle n’était en rien gâché. Sauf lorsqu’elle sortait ses griffes.

Après avoir essayé de jouer les cuisinières, elle invita le nouveau venu à venir manger avec elle. Elle resta tout d’abord silencieuse, mettant une lourdeur assez fatale dans l’atmosphère mais cette dernière se dissipa bien vite. Elle ne put s’empêcher de faire taire sa curiosité bien qu’elle ait été consciente que son invité n’ait aucune envie de parler. De toute manière, elle ne l’obligeait pas à répondre mais elle était tout de même curieuse de savoir…


« Excusez-moi de mettre fin au silence mais… Vous êtes nouveau dans le coin ? Je ne vous ai jamais vu. Vous paraissez en fuite cependant, viendriez vous des sous-sols ? Vous avez déjà combattu de nombreuses fois on dirait ! Combat de mise à mort ou combat simple ? Votre maître était méchant ? »

Elle avait bien entendu remarqué le collier qui ornais le cou du félin. Ces instruments terribles dont elle gardait un très mauvais souvenir. Elle en gardait encore les cicatrices tout autour de son cou à elle. Souvenir d’un collier à clou qu’elle avait gardé assez longtemps pour que les pointe s’insèrent dans la peau et crées une infection qui avait laissé ses marques. Elle le lui aurait bien enlevé mais il fallait des doigts humains et surtout il fallait être le maître.

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Algol
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Lun 7 Aoû - 22:33

[Pardon, ce n'est pas terrible ^^"]


Algol avait dirigé assez longtemps des créatures sauvages pour savoir qu'elles n'avaient que deux attitudes lorsqu'on les prenait au dépourvu: la fuite ou l'attaque. Certaines disparaissaient du champ de bataille avant même que l'on ait compris qu'il y avait un danger. Les autres fonçaient droit devant eux, griffes sorties, se fichant bien dans leur peur d'égorger des ennemis ou des alliés. Rien qu'en croisant son regard, l'ancien sous-chef avait instantanément catalogué la créature inconnue dans la seconde catégorie. Et pourtant... Algol la vit réagir avec une telle indifférence qu'il en resta figé, incapable de seulement sortir ses griffes. Toujours assis, en appui sur ses mains, une jambe étendue et l'autre repliée sous son genou dans une attitude désordonnée qui n'était pas sans rappeler Casey, le léopard continua à observer la créature femelle tandis qu'elle rejetait négligemment le pauvre sac de toile et qu'elle tirait divers paquets de vêtements et d'autres fournitures d'une multitude de cachettes. Il comprit seulement à cet instant que la propriétaire des lieux l'avait surpris en train de dormir sur sa "couche".

Mais la principale concernée n'en paraissait pas plus effarouchée que ça. Elle agissait comme si elle avait complètement oublié l'intrus qui s'était invité chez elle, ce qui n'était guère une attitude de créature sauvage. Pourtant c'était bien ce dont elle avait l'air avec ses vêtements déchirés et teintés d'hémoglobine, avec son corps maigre qui ne conservait que des formes là où les muscles s'étaient développés. Elle n'était pas laide, loin de là, mais il était visible que ces jambes-là passaient plus de temps à parcourir les bois qu'à bronzer sur un bord de Seine. Algol réalisa qu'il était en train de la détaillé de manière gênante et il se détourna vivement, mais encore une fois l'inconnue ne sembla rien remarquer. Au contraire elle s'éclipsa avec une simple serviette sous le bras, en fredonnant comme si elle n'avait absolument personne près d'elle.

Resté seul dans la petite clairière, Algol demeura un long moment complètement immobile. Son cerveau encore engourdi de sommeil avait beaucoup de mal à saisir tout ce qu'il venait de se passait, et il dut se masser énergiquement les tempes pour faire disparaître son mal de crâne avant qu'il ne devienne trop intense. Une chose après l'autre. Il avait traversé la moitié de Paris en courant et il était arrivé dans le bois sur les rotules, ça c'était clair. Il avait "emprunté" la couche d'un autre félin, qui s'était avéré être une féline et était revenue plus tôt que prévu... mais qui se fichait éperduement de trouver un mâle inconnu et débraillé à l'endroit où elle vivait. Elle venait même de le laisser tout seul avec les réserves, pour aller visiblement faire sa toilette. Mouais. Pourquoi pas, après tout... Mais Algol ne se voyait pas se rendormir comme si de rien n'était - non pas qu'il se soit reposé, mais il était trop simplement trop gêné par la situation pour oser se rallonger. Il étira ses bras de son mieux pour détendre son dos endolori, avant d'entendre quelques craquements de branches qui annonçaient le retour de son "hôtesse".


"Veuillez m'excuser, je ne voulais pas vous déranger, je... je vais partir. J'aimerais juste savoir si vous connaîtriez un endroit où..."

Il s'interrompit de lui-même en voyant que la créature s'était rhabillée sous sa serviette et qu'elle entamait son appéritif sans même le regarder. Mais ce n'était pas son manque d'attention qui avait retenu l'attention d'Algol: de la nourriture. Il devait être sacrément assommé par le soleil pour avoir mis tant de temps à la sentir. Du pain frais sans doute fait le matin même, des fruits... de la viande... Il n'avait rien avalé depuis le petit-déjeuner, et il était peu dire qu'il mourrait de faim presqu'autant que de fatigue. Mais Algol ne demanda rien. Il sourit à la jeune féline et accepta le biscuit qu'elle se décida enfin à lui tendre, mais il ne demanda rien. Plutôt mourir que de vivre au crochet des autres. Attitude que son estomac désapprouvait fortement, évidemment, et le petit beurre que le léopard engloutit ne fit guère qu'aiguiser un peu plus la pointe qui lui déchirait le ventre.

Algol répondit d'un "merci" aussi poli que conventionnel au petit sermont de l'inconnue. Lui-même était stupéfait de constater qu'après un seul après-midi de fuite il avait déjà presque l'air d'un vagabond. Il se savait pas très épais et pas en grande forme, mais qu'une simple course en plein soleil puisse le mettre dans un état pareil... Il se leva donc sur ses jambes un tantinet vacillantes pour aller se désaltérer et se rafraîchir comme la féline l'avait incité à le faire. Et si plonger la tête dans l'eau fraîche du ruisseau ne fut pas un remède miracle à sa migraine, cela lui procura un soulagement proche de l'extase. Pour un peu, il y aurait plongé tout habillé. Mais il retint cette impulsion aussi puérile qu'attirante pour simplement passer encore un peu d'eau sur son visage. Puis il essora vaguement sa tignasse sombre et la repoussa derrière ses oreilles, indifférent au fait que cela dévoilait la cicatrice qui parcourait sa tempe gauche du cuir chevelu à la pomette. Cadeau éternel de Catelyn.

A son retour dans la clairière, sa sage décision de prendre congé se retrouva gentiment jetée à la porte de sa conscience par le délicieux fumet qui s'élevait du feu de camp de la créature. Oh ce n'était sans doute qu'un petit bricolage, mais pour Algol cela représentait au moins le Nirvana. Il s'assit sans discuter, cette fois, et il dut mobiliser toute les bonnes manières qu'on lui avait inculquées dans sa jeunesse pour ne pas déchiqueter sauvagement sa cuisse de poulet. Oh, c'était si bon... Il mangea avec appétit jusqu'à ce qu'une salve de questions le détourne plutôt efficacement de son assiette. Il releva le nez et dévisagea à nouveau la féline, pour se rendre compte qu'elle était encore plus jeune que ce qu'il avait cru. Peut-être même pas vingt ans. Quelque chose dans son visage rappelait quelque chose à Algol, mais ce ne devait être qu'une simple impression: il ne se rappelait pas avoir déjà croisé ce regard froid qui ne souriait jamais avec les lèvres de la créature.


"Je ne suis pas vraiment nouveau dans le coin. C'est juste que je viens de m'échapper, oui, et je suis encore... un peu destabilisé. Tout a tellement changé en quelques mois..."

Il eut un pauvre sourire et marqua une petite pause pour finir son morceau de viande avant de répondre aux autres interrogations. Il n'aimait pas trop se confesser de la sorte, mais c'était la moindre des choses qu'il puisse faire pour remercier cette charmante féline de son hospitalité plus ou moins consciente. La seule vérité qu'il se refusait à dire, c'était qu'il était l'ancien sous-chef. L'adjectif "ancien" lui faisait bien trop mal pour qu'il parvienne à le prononcer à voix haute. Et puis quelle importance avait un bras droit déchu, qui s'était comporté pendant des mois comme le parfait petit animal en cage, alors que son chef et meilleur ami avait trouvé la mort au combat?... Algol fut soudain prit d'une vague de nausée, et il reposa la cuisse de poulet inachevée.

"Je ne sais pas trop ce que vous voulez dire par "combat à mort ou simple", mais j'étais dans la Thianra, si c'est cela que vous voulez savoir. Ca remonte à neuf mois, maintenant."

Puis, après un autre temps de silence:

"Neuf mois en cage. Et le fait que ma... "maîtresse" n'ait pas été méchante avec moi n'a rien changé."

Sa voix avait claqué comme une porte qui se verrouille, et il se détourna de la jeune féline. Sa migraine revenait à la charge et il n'aspirait vraiment plus qu'à se trouver un trou quelconque au fin fond de la forêt pour s'y ensevelir et espérer y oublier ce qu'il avait été, un jour lointain où la Thianra vivait encore.

"Je suis vraiment désolé, j'abuse de votre couche et de votre nourriture sans voir rien à vous offrir en échange."

Il eut un petit ricanement nerveux qui sonnait faux, avant d'oser ramener son regard miel vers la jeune créature. Quelque chose le fit alors légèrement sursauter, et il rit de manière plus franche cette fois, tout en tendant sa main droite:

"J'ai vraiment perdu jusqu'à la politesse: je m'appelle Algol."

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Laïna
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Mar 8 Aoû - 0:30

[T’inquiète pas, moi j’adore ! Pi question pas terrible, sans vouloir me dévaloriser je crois que je vais aller me coucher !]

Laïna reçut comme un coup de poignard le fait qu’il lui avoue avoir fait parti de la Thianra. Une fois de plus, les circonstances l’amenaient à se souvenir des siens et à la ramener à le dure réalité : la solitude des nouveaux jours. Le fait qu’elle ne devait plus compter que sur elle même, Algol et Noah n’étant plus auprès d’elle pour la protéger. Elle leur en avait tellement voulu lors de son séjour dans les combats de félins. Maintenant, elle regrettait simplement de devoir se résigner à ne jamais les retrouver. Elle aurait tellement voulu pouvoir se blottir contre eux, sentir qu’elle ne risquait plus rien, revenir aux anciens idéaux et pouvoir apporter la bonne humeur comme elle l’avait si bien fait autrefois. Désormais, il ne lui restait plus qu’a continuer les agissements parfois cruels que ses pairs faisaient à sa place.

Cependant, bien qu’elle ne se souvienne pas de cet être, le visage du félin avait quelque chose familier pour elle. Elle avait rencontrer tellement de félin aussi… Comment savoir quelle place occupait celui ci ? Mais non, elle ne parlait pas vraiment de la Thianra à l’origine. Ce n’était donc pas une créature dressée par les hommes pour tuer son adversaire afin de faire remporter les paris à son propriétaire. Il n’avait pas connu cet enfer, c’était déjà cela ! D’après les dires de la créature, sa propriétaire n’avait pas été sadique. Tient donc, c’était devenu bien rare de nos jours. Il semblait cependant avoir souffert mais le contraire aurait été étonnant. Une créature avait toujours du mal à passer de l’état de liberté à la captivité mais cela était encore plus vrai lorsqu’il s’agissait d’une créature de la Thianra.

Le félin mangea avec toute la délicatesse d’une créature bien dressée, contredisant son estomac qui mourrait d’envie de tout dévorer. Cela amusa fortement la féline qui n’aurait en rien été choquée s’il avait laissé libre court à son instinct de créature. Laïna se sentit un peu mal à l’aise devant la gêne évidente du mâle. Elle n’était pas des plus chaleureuse et lui retrouvait juste sa liberté. Elle ne l’aidait en rien à trouver un équilibre. Elle se sentit un peu coupable de ce malaise mais ne savait trop quoi faire. La situation était délicate mais elle sentait de plus en plus qu’elle ne risquait vraiment rien du tout avec cet individu.

Elle fut sur le point de lui répondre qu’il n’y avait aucun soucis et qu’elle serait même la plus heureuse s’il décidait de prolonger sa présence ici le temps de retrouver des forces lorsque le félin se présenta. La féline fut frappée d’une stupeur nette et sans faille. Le morceau de viande qu’elle était en train d’avaler en profita pour passer dans le mauvais trou et elle s’étouffa violemment avant d’arriver à recracher plus loin l’intrus passer de travers dans son œsophage. Elle ne savait soudainement plus du tout quelle réaction elle devait employée. Algol ! Elle n’avait pas rêvé ! C’était bien sous ce nom que la créature en face d’elle se présentait ? Elle le regardait fixement, un mélange de joie et de tristesse mêlées dans le regard. Changement totale d’expression. De la féline méprisable, elle passait à la gamine perdue. Elle hésita un moment et ne put s’empêcher de se retenir plus longtemps. La tueuse avait laissé place à la jeune féline joyeuse d’antan. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle se retrouva accroché au cou du mâle, pleurant comme une petite fille qui retrouverait son grand frère après l’avoir perdu dans le magasin.


« Algol ! ! Oh Algol, dis-moi que je ne rêve pas ! Dit moi que c’est bien réel, que c’est bien toi ! »

Elle desserra un peu l’étreinte pour pouvoir regarder e félin en face, les yeux remplis de larmes tant l’espoir et la joie était grande en cet instant. Le pauvre Algol quant à lui, dut se trouver bien dépourvu, n’ayant certainement pas prévu un tel accueil après la première démonstration de Laïna. Mais elle s’en moquait totalement. Tout ce qui comptait dans l’instant c’était que tout redevenait possible ! Même si rien n’effacerait les neufs mois infernaux qui venaient de se dérouler, le monde ne tarderait plus à entendre rugir la vengeance des créature, à nouveau réunies sous un même toit. Noah était en vie et Algol était libre. La vie pouvait reprendre son cours sans aucun soucis, ils seraient toujours les plus puissants.

« Alors, ça y est ! Nous allons pouvoir enfin nous retrouver tous ! La Thianra peut renaître encore plus forte ? Oh dit moi que tu ne m’abandonneras plus jamais ! Ni toi, ni Noah ! Je t’en supplie grand frère ! »

cela faisait maintenant bien trop longtemps qu’elle attendait la renaissance des deux chefs. Et Noah devait certainement attendre avec impatience le retour de son bras droit. Il le lui fallait bien, le sien ayant été atrophié au cours d’un combat… Il devait bien être au courant de la captivité d’Algol mais pas de sa fuite. S’il ne faisait pas le mort sourd celui là aussi ! Elle ne savait même pas où le trouver ! L’autre idiot d’Arnaith n’avait pas su le lui dire ! En fait, il espérait que ce soit elle qui le conduirait au chef. Certes, sauf qu’elle ignorait totalement l’emplacement de cette pièce d’échiquier. Algol saurait le retrouver lui. Elle en était certaine.

Elle lâcha soudainement le félin et s’écarta en se mettant à genou, baissant les yeux et rougissant quelque peu. Elle se surprenait elle même. Jamais elle ne s’était laissée aller à autant d’effusion depuis la chute. Elle gardait encore ces images en têtes, ces cris, ce liquide âpre et vermeille, Algol à genou et Noah disparaissant derrière son adversaire. Et puis la rue, les voyous, le noir… La mort et l’envie de mourir. Elle était vraiment toute retournée. Elle oublia même de préciser son nom à elle, ne s’en souvenant quasiment plus de toute façon. Désormais, elle était la tueuse incontestée des combat de mise à mort. C’est ce qu’on lui avait inculqué là bas. Mais le renouveau venait de sonner et la gentille féline ne demandait qu'à refaire surface, si tant est que quelqu'un en ait le pouvoir.

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Algol
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 11 Aoû - 22:03

La créature féminine s'étrangla de manière très spectaculaire lorsque Algol déclina son identité, et le léopard en resta tétanisé. Quoi, qu'avait-il dit?... Il tendit timidement le bras vers la féline qui s'étouffait, avant de remarquer que finalement son hôtesse semblait s'en sortir toute seule. Assez bien en tout cas pour se tourner vers lui et le dévisager de ses grands yeux flamboyants. Il entrouvrit les lèvres pour lui demander ce que sa figure avait de si captivant lorsque quelque chose lui revint en mémoire: il connaissait ce regard. Il ne s'en était pas rendu compte plus tôt à cause de cet étrange voile inexpressif qui couvrait les iris de la féline, mais à présent qu'une infime étincelle s'y était allumée...

"Je vous connais..."

Ce n'était pas une question. De toute façon, la réponse était positive, et elle prit la forme la plus indiscutable qui soit: l'inconnue lui sauta au cou, si brusquement qu'Algol faillit s'étaler de tout son long. Ahuri, il baissa les yeux sur le corps nerveux qui se pelotonnait contre lui, sur ces bras maigres mais puissants qui le serraient à l'étrangler. Puis il réalisa que le visage posé au creux de son épaule était en pleurs. Sans vraiment comprendre ce qu'il lui arrivait, le léopard des neiges referma ses bras autour de la féline, sa main droite caressant lentement la longue tignasse attachée à la va-vite. Pas besoin d'avoir toutes les données du problème en main pour savoir quelle conduite adopter.

"Chut, calmez-vous... Oui, je m'appelle Algol, et pour autant que je le sache je suis la seule créature à porter ce nom sur le territoire français."

Il sourit gentiment tandis que la jeune féline relevait la tête et le fixait dans les yeux. Ses lèvres tremblantes dessinaient elles aussi un début de sourire, rupture presque effrayante avec sa précédente indifférence. Algol sentit les doigts de l'inconnue frôler son visage, comme si elle voulait s'assurer qu'il était bien réel. Son visage baigné de larmes exprimait un tel soulagement, une si grande affection, que le léopard ressentit une vague de culpabilité à l'idée qu'il ne parvenait toujours pas à relier ses souvenirs à cette jeune créature. Jusqu'à ce qu'elle reprenne la parole.

"Alors, ça y est ! Nous allons pouvoir enfin nous retrouver tous ! La Thianra peut renaître encore plus forte ? Oh dit moi que tu ne m’abandonneras plus jamais ! Ni toi, ni Noah ! Je t’en supplie grand frère !"

Algol en eu le souffle coupé. Grand-frère?...

"L... Laïna?"

Il saisit le visage de la féline au creux de ses paumes et la regarda longuement dans les yeux, tandis que sa mémoire remettait en place les différentes pièces du puzzle. L'ancien sous-chef parcourut les traits de la créature, puis il passa vivement sur les formes féminines qui s'étaient développées sur ce corps qu'il avait connu encor enfant, à peine neuf mois auparavant. Il remarqua enfin les marques du collier à pointe sur la fine gorge, et il émit un petit rire qui n'était pas sans rappeler un sanglot. Il ramena à lui la jeune féline pour la serrer à son tour contre son coeur, pour s'assurer lui aussi qu'il n'avait pas affaire à un énième fantôme de son passé déchiqueté.

"Oh, Laïna... Bon sang, si j'avais su... mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait?"

Où était passé la radieuse et naïve petite créature qu'il avait connue, à cette fameuse sortie des égoûts? Certes elle avait grandie, comme seule les jeunes de cet âge peuvent grandir, et elle s'était considérablement métamorphosée. Mais l'adolescence n'expliquait pas tout. Cette maigreur, ce corps tout en muscles et en nerfs, ce regard terne, ces vêtements couverts de sang qu'elle portait lorsqu'Algol s'était réveillé... Le léopard des neiges se souvint alors que lorsqu'il avait été blessé, Laïna avait dû se forcer pour venir en aide à Opale parce qu'elle n'appréciait pas du tout de voir ses mains couvertes d'hémoglobine. Il écarta légèrement la féline de lui, et son sourire était cette fois teintée d'inquiétude.

"Jamais je ne t'ai oubliée, j'ai cherché à te protéger, toi en même temps que tous les autres, en entraînant Catelyn à l'écart. Je ne t'ai pas abandonnée, et je ne t'abandonnerai jamais. Pourquoi en as-tu eu l'impression, Laïna? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait?..."

Il devait bien s'avouer qu'il avait peur de la réponse. Doucement, il écarta une mèche du délicat visage, avant d'ajouter:

"Et pour ce qui est de Noah, je... je suis désolé, mais il... il est..."

Il soupira et baissa la tête: il ne parvenait même pas à le dire.

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Laïna
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 11 Aoû - 23:40

Il est parfois des instants dans la vie où il vous est impossible de déterminer le ressentit qui vous anime. Bloqué entre la joie et la tristesse, le calme et la colère… Vous tentez désespérément de trouver un juste milieu à vos réactions et pourtant, malgré tous les meilleurs efforts du monde, vous n’y parvenez. En ce moment précis, Laïna se trouvait dans le flou. La joie de retrouver son « frère » se mêlait à l’angoisse de la réponse qu’elle devrait donner à au sous-chef. Tout comme elle aurait voulu lui crier que Noah était vivant avec la voix la plus mélodique mais se posait des questions quant aux intentions du chef. Elle lui en voulait tellement au fond sans vraiment arriver à le haïr.

Elle ne bougea pas d’un poil lorsque la main d’algol vint écarter l’une de ses mèches en bataille. La belle chevelure de la féline d’il y avait neuf mois avait prit un mauvais coup. Le corps avec. Elle se contenta de fermer les yeux, rougissant de honte. Les derniers mois n’étaient pas un doux film à l’eau de rose et elle aurait tout donné pour les effacer. Hélas, ce n’était qu’une utopie de croire en l’oubli.


« Je… C’est que… »

Elle n’arrivait pas à faire sortir les mots. Elle se doutait bien que le changement était visible mais évoquer sa torture… Elle sentit alors la voix du félin défaillir lorsqu’il parla de Noah. Bien sûr, il ne savait rien. Peu de créature savait du reste. Et même si elle avait conscience que nul ne connaissait réellement l’emplacement du chef, Algol saurait le trouver. Ils étaient tellement proches ces deux là… Chaque chose en son temps. Elle se contenta de retourner près du félin pour se blottir contre lui et enfin trouver un peu de réconfort. Alors pour la première fois depuis sa transformation, elle se laissa aller et pleura toute la haine et la douleur qu’elle avait amassé durant ce temps interminable. Ce ne furent pas quelques larmes qui glissèrent le long de ses paumettes mais un véritable torrent. Heureusement, elle avait conscience que cela était terminé. Elle avait fuit et maintenant elle se trouvait dans les bras d’Algol.

« Tu… Tu… Sais, tu n’aurais pas dut… écarter Catelyn pour nous protéger… Tu sais… Il y a une phrase… Qui dit que… que si tu veux protéger quelqu’un… il ne faut pas choisir… de mourir pour lui… parce que pour le protéger… pour le protéger il faut vivre. Vous avez été deux égoïstes avec Noah ! Imagine seulement deux secondes la douleur que j’ai ressenti à me retrouver… Seule, sans vous, sans protection ! »

Elle leurs en avait tellement voulu. Comment définir ce sentiment de solitude, de perte dans le néant total. Etre emprisonné ensemble aurait été une épreuve difficile mais certes bien mois que ce qu’elle avait finalement endurer. Elle préférait de loin faire face à cette méchante humaine, fière d’avoir une créature d’ornement pour son propre orgueil, plutôt qu’aux bourreaux sanguinaires des sous-sols. Pourtant, là à cet instant, elle ne lui en voulait plus ne serait ce que dans imperceptible songe. Il était là et c’est tout ce qui comptait.

Elle continuait d’agripper avec acharnement le T-shirt trop large du léopard des neiges sans pour autant lui provoquer aucune oppression. Un peu comme un gamin qui viendrait pleurer contre sa mère alors qu’il est prit d’une violente tristesse. Les sanglots de la jeune féline étaient déchirants seulement il lui était impossible de se calmer. Fallait il vraiment parler à Algol de ce qu’il c’était passé ? Il avait insisté en posant la question deux fois. Le protocole des bonnes manières voulait que l’on réponde avec franchise à une question posée. Mais qu’avait elle à faire des bonnes manières désormais ? Et que lui dire ? La vérité ? Elle ne voulait pas de sa pitié et encore moins lui donner une raison de plus pour haïr ces détestables bipèdes sans vergogne. Il fallait essayer cependant. C’était son grand frère, elle ne devait pas lui cacher la vérité. Il restait à espérer qu’elle en aurait la force.


« Je… enfin… C’est… Compliqué et difficile à expliquer. »

Elle se détacha un peu du corps protecteur et tenta aussi bien qu’elle le put de sécher ses larmes et calmer ses hoquets. Elle entama ensuite le récit de ses aventures avec tout le calme dont elle pouvait faire preuve en pareils moments. C’était en cela qu’on la reconnaissait avant.

« Je ne suis plus Laïna Algol. Enfin, disons que je cohabite avec une autre personnalité, une créature de feu et de sang créée par les humains. Ils l’ont nommée Seckmeth, l’œil rouge de Râ. Tout à commencé lors de l’attaque, lorsque je t’ai vu à terre… »

Elle étouffa un nouveau sanglot. Elle ne supportait plus devoir se souvenir de cet instant resté gravé à jamais et qui la hantait jusque dans ses rêves. Elle reprit pourtant son courage à deux mains et continua son récit. Son combat contre des voyous lorsqu’elle avait tenté de suivre son ennemi qu’elle avait finit par tuer, sa capture, la sensation de se retrouver derrière barreaux de fer, ses tortures pour la rendre méchante, son apprentissage du combat avec d’autres créatures, ses rations plus que diminuées, ses blessures jamais pensées, sa soumissions aux mâles et aux hommes, ses meurtres pour posséder le droit de vivre, le feu mis dans la cage de combat pour exciter les spectateurs et les fauves, la mort de son père, et enfin son retour à Paris après avoir échappé à la milice russe et à la fusillade et son nom de tueuse assoiffée de sang qui ne cherche plus en la mort qu’une délivrance. Elle avait été battue, humiliée, salie, torturée mais elle était en vie et pour la seule raison qui lui ait donné la force : retrouver les siens, Noah, Algol et tous les autres. Elle raconta aussi sa rencontre avec Opale dans le cimetière, qui ne s’était pas très bien passée.


« elle va me détester maintenant, c’est certain. »

Une part au fond d’elle même s’en voulait de laisser dominer la tueuse mais elle avait connu l’enfer et se sentait terroriser par le monde. Sans parler qu’elle ne se pardonnait d’avoir été l’auteur de la mort de son propre père, le seul être en dehors du tigre et du léopard des neiges qui l’ait toujours aimée et respectée. Désormais, elle n’avait plus qu’eux. Elle se souvint alors que Algol, bien que s’efforçant de ne pas le montrer, souffrait énormément de la mort du chef-tigre. Elle se rapprocha de nouveau et lui prit le visage entre les paumes de ses fines mains. Un tendre sourire s’afficha sur son visage et ses yeux brillaient d’espoir.

« Algol, il faut que je te révèle un secret. J’ai confiance en toi et tu dois être le premier au courant. Noah est toujours vivant… »

[désolée, j’ai peut être répondu un peu vite mais j’en profite tant que j’ai un peu d’inspiration, je risque de ne pas pouvoir répondre avant la fin de la semaine prochaine après. J’espère que je t’aurais laisser un champ assez large pour répondre.]

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MessageSujet: Re: L'air libre...   Mer 16 Aoû - 20:26

[Pas de problème, comme tu le vois moi aussi je manque de temps gère mal mon temps en ce moment. ^^"]


La féline avait-elle entendu sa dernière question? Algol n'en était pas certain. Les pleurs de Laïna avaient redoublé d'intensité avant même qu'il eût terminé sa phrase, et la voix du léopard mourrut dans sa gorge. Il se mordit la lèvre et s'assit plus confortablement pour laisser la jeune panthère pleurer tout son saoul au creux de son épaule. Une telle détresse lui vrillait le coeur, mais il ne pouvait tout de même pas se permettre de pleurer lui aussi... même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Laïna, sa petite Laïna, elle qui admirait Noah avec toute la béatitude propre aux adolescentes... C'était bien elle, il la reconnaissait enfin, mais dans quel état... Algol resserra son étreinte autour d'elle et posa sa tête contre la chevelure mal soignée, avant de se balancer imperceptiblement d'avant en arrière, en une douce berceuse qui devait les calmer tous les deux.

Et du calme, le léopard des neiges en eut besoin pour encaisser les reproches que lui fit Laïna. Incrédule, il chercha à accrocher le regard embué de larmes, mais elle garda obstinément la tête baissée, enfouie dans le t-shirt trop grand de celui qui avait accepté d'être son grand frère. Algol déglutit lorsque la confusion laissa place à la culpabilité: aurait-il vraiment pu se conduire différemment? Il voulait croire que non, et dans le même temps il comprenait la rancoeur de Laïna. Lui-même en avait voulu à Noah, il l'avait haï pour avoir déguerpi à la suite de Cloud sans aider son bras droit à gérer la bataille. Algol s'était retrouvé seul pour canaliser et organiser la défense de la Thianra, et il avait lamentablement échoué. Il avait échoué au moment même où il avait accepté de défier Catelyn en combat singulier. S'il n'avait pas été tellement obsédé par ce fouet, il aurait peut-être pu reprendre la tête des créatures, il aurait peut-être pu les guider vers la victoire, il aurait...

Non. Ce n'était pas cela le problème. Les épaules du félin s'affaissèrent, et il cessa son lancinant mouvement de balancier, tandis que ses yeux soudain éteints se fermaient. Ce n'était pas une histoire d'autorité, mais de responsabilité. Algol voulait se donner une autre image que celle d'un meurtrier, il voulait absolument renier cette infâme partie de lui qui avait été capable de tuer Ophélie. S'il s'était donné à fond, il aurait pu battre Catelyn - oh il ne l'aurait pas battue, il l'aurait laminée. S'il s'était donné à fond, s'il s'était montré aussi bestial que Noah, il aurait pu foncer dans le tas et... et faire un massacre dont il ne se serait jamais remis. Mais peut-être que cela aurait pu sauver la Thianra.


"Je... j'ai pensé faire pour le mieux..."

Algol avait parlé d'une voix tremblante, qui ne lui ressemblait absolument pas. Si les neuf mois de captivité chez Catelyn avaient conscieusement sapé son ancienne assurance, Laïna venait de lui porter le coup de grâce. A cet instant, le léopard des neiges se demandait comment il avait pu être sous-chef, comment il avait pu prendre les bonnes décisions au bon moment, comment il avait pu décider de la mort de certains pour préserver la vie d'autres...

Et Laïna commença son histoire. Soudain le jeune félin se sentit à nouveau en cage, dans ce petit salon qu'il avait appris à détester. Il se voyait clairement, recroquevillé contre le mur, les mains sur le visage, à raconter à Catelyn cette immonde histoire qui était la sienne, à écouter la lourde confession que la chef des Arnaiths avait tenu à lui faire en retour. A entendre ces mots qu'il n'avaient jamais voulu entendre. Et voilà que cela recommençait. Algol dévisageait Laïna avec une expression indéfinissable, incapable de l'interrompre, incapable de fuir. Chaque phrase que la féline laissait échapper de sa voix enrouée était un coup de fouet supplémentaire, et il ne pouvait que rester planté là, hébété, à entendre tout ce que la folie des hommes et ses propres erreurs avaient pu faire subir à la malheureuse créature.

C'était un cauchemar. Un cauchemar dont il ne s'éveillerait qu'en passant de vie à trépas.

Puis il entendit le seul prénom capable de l'empêcher de sombrer, et une maigre étincelle vint ranimer son regard de miel. Il accepta de relever la tête et murmura d'une voix douce:


"Opale ne t'en voudra pas. Elle t'aime plus que tu ne peux l'imaginer, Laïna. Elle non plus ne t'a pas oubliée."

Il passa gentiment la main sur le cou de la jeune féline, là où les cruelles pointes internes de son ancien collier avaient laissées leurs marques. En retour, la panthère lui sourit, et vint saisir son visage amaigri au creux de ses paumes.

« Algol, il faut que je te révèle un secret. J’ai confiance en toi et tu dois être le premier au courant. Noah est toujours vivant… »

Silence.

"Tu en es sûre?"

Oui, elle en était sûre. Le léopard des neiges se sentit pris d'un vertige, et il se serait certainement évanoui s'il ne s'était pas déjà trouvé assis. Noah... Noah, vivant... Un flash quasi-épileptique lui sauta au visage, et il gémit de frustration pour ne pas avoir compris plus tôt. Ce fameux jour où Catelyn l'avait emmené au QG des Arnaiths pour aller voir Cornelulus, qui se vidait de son sang dans le hall. Le psychopathe avait été roué de coups par une créatures aux griffes imposantes et au style inimitable, et Algol avait été fichu de le noter sans même le relier à Noah... Le léopard émit un hoquet douloureux, qui aurait pu marquer le début d'une crise de larmes. Au lieu de cela, il éclata de rire, un rire nerveux presqu'effrayant tant il était dépourvu de la moindre gaieté.

"Il aurait pu venir me chercher, l'enfoiré!"

Il croisa le regard de Laïna, et son rire cessa aussi sèchement qu'il avait commencé. Qu'avait-elle dit, au juste? "La Thianra va pouvoir renaître"?... Algol pâlit brusquement et il eut un mouvement de recul, tout en secouant vigoureusement la tête de droite à gauche. Il lui fallut près de dix secondes avant de parvenir à dire d'une voix éraillée:

"Non, ne me demande pas ça. Ne me demande pas de le retrouver pour reformer la Thianra, je... je ne pourrai pas. Je pourrai pas."

Il se détourna vivement et ses mains allèrent se plaquer contre ses tempes enflammées. A présent, il criait presque.

"Je ne peux plus faire ça, je ne suis plus sous-chef, je ne suis plus rien! Ne me demande pas une chose pareille je t'en supplie..."

Il darda un regard empli de larmes vers Laïna, un regard terne et épuisé qui ne trahissait que trop son état de délabrement nerveux avancé. Seul un infime sursaut de fierté l'empêchait de se rouler en boule pour pleurer comme un simple petit garçon, mais sa voix ne mentait pas:

"Laïna... Je veux qu'on me laisse tranquille, je veux rester avec Opale et oublier ce que j'ai pu être. Noah a peut-être survécu à cette bataille; son sous-chef non. Tu comprends?..."

Sa vision s'obscurcit et il vacilla sur ses appuis. C'était trop, trop de choses en même temps. Le matin-même, il était encore en cage chez Catelyn. Et voilà qu'il était dehors, avec une insolation carabinée, à anéantir consciencieusement les espoirs d'une féline qui lui avait fait confiance et qui en avait souffert au-delà de l'imaginable. Il n'avait pas tort, tout compte fait: le Algol d'avant la chute de la Thianra n'aurait jamais craqué de la sorte. Et au fond de lui, le félin en était aussi conscient que honteux.

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Laïna
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 18 Aoû - 21:37

La chaleur commençait à tomber un peu avec l’arrivée du soir et les feuilles des végétaux dansaient sous la caresse du vent. Il était agréable de profiter de ce moment de fraîcheur pendant qu’il en était encore temps. Demain, la canicule serait de retour et ferait encore des ravages. Laïna n’avait pas trop à s’en plaindre malgré tout puisqu’elle avait la chance de se trouver non loin du petit lit du ruisseau qui traversait le fin fond des bois de cette nouvelle jungle. Combien de victimes avait fait le soleil aujourd’hui ? Ce n’était pas vraiment son problème. Malheureusement, maintenant, c’était chacun pour soi. La solidarité, si elle avait un jour existé, n’était plus guère d’actualité. Il n’était pas rare de passer dans les ruelles et de trouver des corps déshydratés, raides, que la mort avait finit par soulager.

La féline avait finit par se calmer totalement lorsque le léopard des neiges lui avait affirmée que sa compagne ne lui en voudrait pas à vie. Une lueur d’espoir transparut soudain dans le regard flamboyant de la jeune panthère. Un soupçon de philosophie refit surface. Le passé avait été rude et ingrat mais elle se souvenait de la phrase qui disait que ce qui ne tue pas rend plus fort. C’était une vérité, elle en avait vraiment conscience. Algol en revanche, parut refuser cette vérité. Mais Laïna comprenait toute la réaction du félin. Elle sentit monter en elle la culpabilité et resta un moment sans broncher, à simplement regarder Algol essayer de remettre ses nerfs en place. C’est là qu’elle se rendit vraiment compte de l’injustice qu’elle avait commis en haïssant les deux maîtres de la Thianra. Le plus à blâmer dans toute cette histoire était certainement le tigre. Pauvre Algol, il avait dut gérer la panique seul pendant que Noah allait tranquillement se venger sans vraiment s’occuper de la situation qui s’envenimait derrière lui. Et c’était en suivant le tigre pour le ramener qu’elle s’était fait capturée. Désormais, la ville était livrée à la panique pendant que le grand chef dormait tranquillement, elle ne savait où. Au fond, malgré toute la passion qu’elle éprouvait pour lui, elle applaudissait les paroles du léopard qui le traitaient d’enfoiré. Oh ! Oui ! Et il pouvait même être placé dans la catégorie supérieur. Elle se jura de lui réserver des retrouvailles dont il se souviendrait longtemps, pour les avoir abandonner et pour avoir laisser son grand frère dépérir à ce point.

Laïna se figea soudain en voyant le léopard des neiges réagir avec autant de panique. Lui qui savait rester si calme même dans les moments les plus ingrats. Il était vraiment meurtri lui aussi. Elle avait l’impression d’avoir en face d’elle, un dédoublement paradoxal du félin entre la bête fière et libre qui essaye de rester la tête droite et le petit chaton qui ne demande qu’a se rouler en boule pour pleurer et se calmer. Il la suppliait, mais de quoi ? L’état dans lequel se mettait le félin la laissait sans réaction, ne sachant trop comment gérer ce moment de panique. En elle aussi résidait le conflit de celle qui ignore les autres par pur mépris et de celle qui porte sur ses épaule la douleur des siens. C’est alors qu’elle prit sa décision, ferme et sans retour en arrière. Elle se battrait jusqu’au bout pour détruire son côté créé par les humains. La gamine avait disparut pour toujours mais le côté pur de la créature vivait encore au plus profond d’elle même et elle le ferait triomphé. Elle se leva tandis que le félin vacillait dans les brumes de son inconscient et le prit dans ses bras en le serrant contre elle. Elle savait combien un trop plein d’information et d’émotion pouvait être fatal à quelqu’un de perturbé. Elle avait franchit ce passage depuis peu de temps et ne serait revenu en arrière pour rien au monde.

Elle passa sa main dans la chevelure du mâle. Il s’y dégageait une chaleur anormale pour un être en bonne santé. Il n’y avait pas vraiment d’explication incongrue. La canicule avait frappée son grand frère, ce qui n’aidait en rien le félin à rester calme et apaisé. Il était temps de faire une croix sur le passé et de refuser toute domination, quelle qu’elle soit, des être humains normaux. Elle allongea Algol au sol avec délicatesse le temps qu’elle puisse aller chercher de quoi jouer les infirmières. Elle sortit une grosse mallette des buissons, un bon oreiller, alla chercher de l’eau dans le ruisseau et revint auprès du sous-chef pour pouvoir s’en occuper. L’ombre et la fraîcheur ne lui feraient que du bien durant le moment qu’il fallait à la féline pour se souvenir des remèdes qu’on lui avait appris durant sa jeune enfance. Ils avaient tous été inscrit dans un petit carnet mais ce dernier avait été perdu durant la chute du clan. Il ne lui restait plus que sa petite mémoire, bien obscurcie par tous ces mois de haine et de violence. Elle finit par se souvenir et sortit tous les ingrédients nécessaires pour la préparation.

« Ne t’inquiète pas, ça va aller. Mais tu as eut de la chance. Tu aurais pu te mettre dans un état bien plus grave. On reconnaît bien là le puissant léopard des neiges malgré la souffrance que tu dégages… Et ne me regarde pas comme ça ! Je ne te donnerais pas de chose infâme à boire, comme chez Opale. C’est un cataplasme, pas une tisane ! Si je voulais t’achever, je ne me donnerais pas tant de mal, crois-moi ! J’ai plus simple et plus douloureux. »

Elle sourit tendrement. Elle n’était plus très douée pour plaisanter mais elle faisait de son mieux pour détendre l’atmosphère. Elle était certaine qu’Algol n’avait pas oublié son breuvage improvisé. Finalement, il n’était peut être pas si mal que la féline ait gagné en maturité, cela lui éviterait certaines erreurs d’apprenti sorcier. Elle amena une bouteille d’eau auprès du malade et l’obligea à boire quelques gorgées avant de le laisser se reposer, la bouteille à ses côtés pour qu’il puisse s’hydrater à son aise. Quant à elle, elle retourna à sa cuisine en ne pouvant s’empêcher de se mettre à chanter. Elle aimait tant la musique et elle avait eut la chance d’hériter d’une voix divine. Mais cette dernière avait elle aussi subit quelques transformations. Le ton enfantin et aigu de la petite fille qu’elle fut autrefois avait totalement disparut pour laisser place à un timbre plus mature et plus sensuel. Sa voix était désormais celle d’une jeune femme, ce qui n’enlevait rien à sa douceur et sa beauté. Mais son répertoire de chanson se limitaient à des paroles tristes et langoureuse. L’avantage était qu’il permettait de dormir sans aucun somnifère mais pour quelqu’un de déprimé, cela n’engageait pas à devenir plus optimiste.

Une fois terminé, elle revint près d’Algol et lui mit plusieurs linges imbibés de sa mixture sur le corps. Il n’y avait rien de miraculeux dans son soin, seulement de quoi réhydrater les cellules ayant subit les conséquences de l’insolation et prévenir une éventuelle infection due à la faiblesse provoquer par cette dernière. Avec ça, aucun doute qu’il finirait par se sentir mieux. Elle termina ses soins en lui faisant avaler quelques cachets d’aspirines pour anesthésier la douleur et la fièvre.

Elle était tellement heureuse de le voir là. Même s’il avait terriblement changé. Elle se souvenait du grand félin aux muscles saillants, décrivant toute la puissance que ce corps renfermait. Mais d’un calme et d’une patience déconcertant. Il n’y avait aucune surprise à apprendre son rang dans l’organisation secrète. Il avait tout d’un meneur sauf peut être l’envie de dominer. Il était l’être le plus respectable que la jeune féline connaissait en dehors de son défunt père. Il y avait eu Noah aussi, mais la question se réglerait en temps et en heures.
Elle observa Algol avec attention et dut se résoudre à reconnaître qu’il n’avait plus l’apparence qu’elle lui avait autrefois connu. Sa belle carrure avait littéralement fondue, ses beaux cheveux avaient pris de la longueur et avaient terni, sans doute à cause de l’enfermement et du manque d’activité. Le plus frappant était cependant la morosité et le vide de ses yeux. Il n’y avait aucun doute que les derniers mois passés avaient été rudes et particulièrement nuisible au léopard polaire. L’air libre ne pourrait lui faire que du bien. Il avait réellement besoin d’exercice pour retrouver la forme. S’il restait dans cet état lamentable, il risquait de ne plus avoir la première place dans les sondages des filles. Il fallait qu’il retrouve Opale ! Mais pour le moment, il lui fallait se reposer. La vie en liberté était certes la meilleur mais elle demandait une énergie qui ne pouvait rayer le sommeil de la liste.

Elle rangea les ustensiles et outils pharmaceutiques dans la grosse mallette sortie près d’un buisson. Elle avait là dedans de quoi soigner tout un quartier et savait s’en servir comme une véritable professionnelle. Elle regrettait simplement de ne pas avoir pu faire le nécessaire pour ses blessures à elle. C’était désormais un peu tard et d’autres en aurait besoin. Surtout si la Thianra refaisait surface. Les paroles du félin résonnèrent alors dans sa tête. Elle avait bien compris tout ce que Algol voulait dire mais elle refusait de baisser les bras. Elle ignorait s’il était en état de l’entendre mais elle parla quand même, pour elle.


« Oh ! Algol ! Bien sûr que je comprends. Je comprends que tu as souffert, je comprends que la chute nous a tous anéantis, certains bien plus que d’autres. Je comprends aussi que de très nombreuses choses ont changé. Est ce là une raison pour tirer un trait sur tous nos idéaux ? Bien sûr que le sous-chef est mort. Et alors, quelle importance ? Je ne t’ai jamais considéré comme un sous-chef ! D’abord parce que tu as toujours pris tes responsabilités comme un véritable meneur et ensuite parce que je t’ai toujours vu comme un grand frère. Et tu le resteras à jamais, que tu le veuille ou non. Quoique qu’il ait pu se passer, le véritable Algol est encore vivant, même s’il cohabite avec d’autres faces de ta personnalité. Tout comme Laïna cohabite avec une tueuse. Tu as retrouvé ta liberté volontairement, ce n’est pas sans raison ! Tu veux rester tranquille avec opale mais pose toi la question : Comment allez vous faire sans vous battre ? »

Elle s’arrêta quelques secondes. La situation des créatures avait chuté dans le monde entier. La vie des créature libres s’était obscurcie avec vivacité et la liberté coûtait un prix d’or. seuls les plus forts et les plus convaincus survivraient.

« La vie est difficile, il y a eut des erreurs de commises. Mais on ne tire pas un trait sur toute une vie parce qu’elle comporte quelques éclaboussures. Tu veux être maître de ton destin, vivre comme tu en as envie, décider par ta propre volonté ? Alors il va falloir te battre, en tant que sous-chef ou non. Le rang n’est qu’un titre absurde pour guider les moins convaincu. La vie est un combat, il faut se battre pour atteindre ses rêves. Rien ne te sera donné sans sacrifice, crois en mon expérience. Mais tu ne seras jamais seul. Désormais, tu as Opale, d’après ce que j’ai compris. Mais dans la situation actuelle, n’espère pas qu’on te laisse tranquille avec elle. S’ils apprennent qu’une créature et un humain partage des sentiments, ils n’hésiteront pas une seconde à les mener à l’échafaud. Les humains dominent, ils veulent la guerre. Pour espérer pouvoir vivre en paix avec celle que tu auras choisis, il va falloir que tu te battes, que nous nous battions tous ensemble pour que triomphe l’égalité et la justice. Mais les créatures ne se rebelleront pas tant qu’un leader ne refera pas surface. Et Noah ne reviendra pas tant que toi, et uniquement toi, ne l’auras pas retrouvé. Même si tu décides de ne pas continuer auprès de nous, fait au moins revenir Noah. Rien que pour le plaisir de lui coller ta main dans la figure. Et me permettre d’en faire autant par la suite. »

Elle parlait doucement, presque en murmurant tandis qu’elle s’était assise et avait pris la tête du félin entre ses mains pour lui masser les muscles du crâne pour le décontracter un peu. Chaque membre, chaque nerf, chaque tendons du félin était plus tendu encore qu’un câble métallique de débardage. Pas vraiment étonnant qu’il souffre autant. Il fallait décoincer un peu cette machine en vrille avant qu’elle ne casse. Et quand il serait debout, il lui faudrait faire de l’exercice. Son corps contenait une faiblesse trop accrue, s’il continuait, il était bon pour une crise de surmenage. Il lui fallait refaire son potentiel musculaire.

Elle repensa alors aux paroles prononcées par Algol. Elles raisonnaient en elle comme un gong au dessus de l’Himalaya. Il voulait les abandonner, c’est ce qu’elle comprenait. La responsabilité qu’il avait autrefois occupée devait le torturer mais elle ne s’imaginait pas devoir une fois de plus le voir s’éloigner. Si son souhait était vraiment de déserter la Thianra pour vivre seul avec Opale, cela l’obligerait à partir de la ville, et donc elle ne le verrait plus. Elle eut un soupir doux et triste à la fois. Elle ne lui en voudrait pas de prendre une telle décision. Seulement, qu’adviendrait-il de sa personne à elle ? Elle n’avait fait l’effort de survivre que pour retrouver son foyer d’accueil et voilà que finalement, elle se retrouverait certainement encore plus seule qu’avant. Oh ! Comme elle enviait Toutes ces créatures qui trouvent le bonheur. Il ne lui resterait plus qu’à partir elle aussi, vers l’horizon, sans devenir, sans rêve, sans joie, sans envie de continuer à vivre. Tant d’idéaux bannis, bafoués, tant de créatures qui resteraient sous le joug de leurs oppresseurs. Mais seule, que pouvait elle bien espérer accomplir ? Hormis tuer, elle ne savait plus faire grand chose. Et qui voudrait d’une tueuse désabusée ! Elle eut alors la terrible envie d’aller se terrer dans un trou pour que le monde l’oublie. Son dernier espoir fichait le camp à une vitesse folle. Pourtant, il lui fallait résister. Elle devait se battre. Elle qui avait vu le monde, rencontrer des créatures de tous pays, des modes de vie différents, elle se devait de continuer à avancer la tête droite même si elle possédait une âme meurtrie. D’autre l’étaient bien plus qu’eux deux. Seule ou non, elle continuerait la guerre.


« Tu sais, quelle que soit la décision que tu prendras, je te soutiendrais. Et tu peux rester ici tout la durée que tu le souhaites, le temps que la situation se calme un peu. Tu ne me gênes pas du tout. Et tu pourras te reposer, je ne serais pas là très souvent. Je ne te collerais pas. Et après, quand tu partiras… »

Quand il partirait. Elle ne termina pas sa phrase. Elle haïssait son passé, détestait son présent et redoutait son avenir. Après, si la rébellion ne renaissait pas, elle s’en irait loin de Paris, loin de la France. Elle retournerait dans les pays plus modestes, plus pauvres, pour aider les créatures. Elle irait les soigner et pourrait apprendre bien d’avantage sur la vie. C’est tout ce qu’elle savait faire : Tuer et guérir. Elle avait lu quasiment tous les livres de médecine dans sa jeunesse et il était fort regrettable que les créatures n’ait pas eut le droit de suivre des études humaines, elle aurait pu devenir un médecin acharné. Même si elle avait toujours garder cette passion pour elle.
Tout était si confus soudainement. Elle était simplement parti chercher de quoi ravitailler un peu son garde manger. Et maintenant, elle se retrouvait face à la gentille féline qui ne veut de mal à personne sauf aux humains, en train de veiller sur un félin dont elle ne croyait plus à la réapparition, ne sachant si son héros reviendrait un jour sur le devant de la scène. Avec pour seule question : partir ou rester ?

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Algol
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Jeu 7 Sep - 22:03

[Ton nouvel avatar est superbe! I love you Smile ]


Les bois s'étaient mis à tournoyer autour de la discrète clairière. Les arbres entremêlaient leurs branches pour vaciller en une folle sarabande, et ils sautillaient devant les yeux brouillés de larmes d'Algol. Le félin entendait presque leurs voix, aussi noueuses que leurs troncs, des voix moqueuses et impitoyables qui se riaient de ce gros chat tremblant égaré parmi eux. Il est beau, le léopard des neiges... Ca, une créature fière et libre? Un mignon petit animal de compagnie perdu loin de sa cage, oui. Cette constatation fit l'effet d'un coup de poing à Algol, qui serra les paupières sans seulement se rendre compte que Laïna enlaçait tendrement son corps tétanisé. Oh oui, il avait peur. Peur de la vaste voûte du ciel crépusculaire, peur de la légère brise qui se faufilait dans sa tignasse emmêlée, peur des cette forêt, cette immense forêt dans laquelle il se sentait un intrus. Il avait peur de l'extérieur. Il avait peur de sa soudaine liberté. Hagard, il se demanda une seconde s'il avait bien fait de fuir la demeure de Catelyn, et une vague de nausée le submergea lorsqu'il réalisa les affreuses implications de cette question: bon sang, il était un être intelligent, il savait parler, lire, écrire, rire... et pourtant, il se comportait comme un simple animal domestique.

Le corps élastique du félin se tendit comme un arc, et il serra les poings jusqu'à se faire mal aux mains. Non, non et non! C'était trop stupide! Il n'avait rien d'un animal, n'en déplaise à Catelyn et aux scientifiques qui s'étaient cru capables de le concevoir de A à Z. Il s'appelait Algol, et il était largement capable de dépasser cette soudaine agoraphobie. Il était juste un être sensible, tout comme n'importe quel humain, un être qui se retrouvait dehors pour la première fois depuis neuf mois et qui venait de rencontrer par hasard une personne chère à son coeur qu'il pensait décédée. N'importe qui avait le droit d'être un peu perturbé, non? Rien à voir avec la peur d'une bête asservie que l'on rend à la Nature. Non. Catelyn l'avait rabaissé à tous points de vue, mais pas à ce point-là, jamais!

Lentement, très lentement, le léopard poussa sa respiration à retrouver un rythme normal. Il devait se calmer, laisser la panique refluer en ignorant les mauvaises comparaisons qu'elle lui sifflait dans l'oreille. Des arbres qui parlent, et puis quoi encore?... Il était juste fatigué, éreinté par la chaleur qui avait démoli son corps mal adapté. Avec d'innombrables précautions, il rouvrit les yeux pour poser un regard un peu plus serein sur son environnement. Laina avait eu le salutaire réflexe de l'allonger, et Algol sentait un confortable oreiller sous sa nuque crispée au dernier degré. Le vent revint jouer dans ses cheveux et se glisser sur son visage, caressant ses joues brûlantes de son souffle un peu rafraîchi par la tombée de la nuit. Au-dessus de lui, le félin vit le ciel parisien dépourvu du moindre nuage se teinter d'ocre et de violet tandis que le soleil disparaissait à l'horizon, et son regard terni nota soudain la présence précoce de deux ou trois petites étoiles. Un maigre sourire vint flotter sur les lèvres d'Algol: la nuit avait toujours été sienne, elle avait ponctué sa vie et accompagné ses heures de gloire au sein de la Thianra. Comme tous les félins, il vouait un amour aveugle au ciel nocturne, à ce parfum de liberté que l'on décelait dans la brise qui accompagnait le clair de lune. Depuis sa défaite face à Catelyn, il n'avait pas passé une seule nuit à l'extérieur.

Il était libre. Vraiment libre. Et maintenant qu'il prenait le temps de bien le comprendre, il ne pouvait qu'avouer à quel point c'était merveilleux.

Tout en prenant garde de ne plus faire de gestes brusques, il tourna la tête vers Laïna, qui s'activait auprès du feu. Il la surprit en train de préparer une étrange mixture, et une vieille réminiscence le poussa à affiher une grimace peu rassurée. La jeune femelle s'en rendit compte, et elle le rabroua avec un sérieux qui tira un nouveau sourire à l'ancien sous-chef: elle lui en voulait toujours d'avoir ouvertement avoué son dégoût à propos du remède qu'elle lui avait fait boire, chez Opale. Après ce qu'ils avaient tous deux traversé, c'était aussi futile que touchant.


"Puissant léopard, mon oeil... La première fois que l'on s'est croisés, j'étais déjà dans un salle état à cause de quelques simples égratignures un peu infectées. Et maintenant, je vaux à peine mieux, et cela juste parce que le soleil m'a un peu cogné sur la tête... tu parles d'un héros... Je m'excuse pour cette ridicule crise d'hystérie, je ne pensais pas être tombé aussi bas."

Il s'interrompit une seconde, avant d'ajouter avec une ironie encore plus marquée:

"Mais même lorsque j'étais en pleine santé, j'ai toujours eu une sainte horreur de te voir t'approcher avec un bol entre les pattes."

Laïna ne prit même pas la peine de lui répondre. Au lieu de cela, elle alla piocher une bouteille d'eau dans l'une de ses innombrables cachettes et revint auprès de lui pour l'obliger à en boire au moins deux ou trois gorgées. Algol se redressa sur un coude pour faciliter la chose, mais il ne put retenir un rictus de douleur lorsque le liquide frais dégoulina dans sa gorge à vif. Heureusement, ses lèvres et ses muqueuses déshydratées ne protestèrent qu'un court instant (la rivière avait fait le plus difficile), et bien vite l'eau ne fut plus qu'une douce caresse pour le corps du léopard des neiges. Si son estomac asséché n'avait pas protesté, il aurait vidé toute la bouteille d'un trait. Prenant son mal en patience, il versa un peu de liquide translucide au creux de sa paume pour s'en badigeonner le visage et la nuque, ce qui lui tira un infime soupir. Il se débarassa de son T-shirt couvert de crasse et de tâches de sueur, avant de se rallonger sans faire d'histoire.

Son regard se posa à nouveau sur la jeune femelle lorsque celle-ci se mit à fredonner, et Algol éprouva une bouffée d'amour aussi soudaine que sincère pour cette créature qui malgré sa déception se montrait toujours aussi douce et attentionnée pour lui. Dans la lueur magique du feu de bois, il la trouva très belle, de cette beauté qui peut rendre un frère aîné à la fois extrêmement fier et fou de jalousie. Dans un monde plus juste, Laïna n'aurait pas eu de peine à se trouver un gentil compagnon digne de lui apporter le réconfort qu'elle dispensait si volontiers aux autres. Mais la réalité était tout sauf juste, et l'ancien sous-chef ne pouvait que serrer les mâchoires avec impuissance en pensant à ce que ces monstres d'humains avaient pu faire subir à la jeune féline. Elle les haïssait, à juste titre, et ce sentiment néfaste avait envahi jusqu'à son visage, son regard. Si Algol souffrait de cette apathie trop courante chez les animaux sauvages parqués dans des cages, Laïna était victime de la rage intense et abrutissante que peut éprouver un fauve maltraité par son dresseur. Non contents de lui infliger les traitements les plus innommables, ses tortionnaires s'étaient appliqués à détruire la moindre parcelle d'espoir qui pouvait subsiter chez elle. Et pour ça, presque plus que pour les sévices physiques, Algol les haïssait lui aussi.

Tout à ses mornes pensées, il parvint cependant à sourire lorsqu'elle s'approcha pour lui appliquer ses cataplasmes. Le léopard se raidit imperceptiblement quand elle commença à quadriller son torse de bandes imbibées d'anesthésiant, mais bien vite il ne put qu'avouer sa mauvaise foi. Nulle brûlure, nulle démangeaison. Rien qu'une fraîcheur humide, divinement apaisante. Le sourire d'Algol s'accentua, et il saisit brièvemment la main de Laïna en la remerciant. Avant de refermer les yeux, il ne put s'empêcher de noter la cruelle différence qui substitait entre les doigts de la jeune femelle et les siens: les membres de Laïna étaient aussi finement musclés et bronzés que ceux du jeune mâle étaient pâles et faiblards. Mais la peau de la panthère était également couverte de cicatrices que son grand frère adoptif ne lui connaissait pas.

Algol sentit les doigts délicats de son médecin venir caresser ses tempes, et il se laissa aller avec un soulagement évident. Vraiment, quel idiot il avait été de s'emporter de la sorte... à croire que ses nerfs l'avaient vraiment lâché. Il se sentait déjà beaucoup mieux; les paroles et les gestes appliqués de Laïna avaient eu un effet quasi miraculeux sur sa pauvre carcasse pleine de crampes. Il avait peine à croire que pas si longtemps auparavant, il passait des après-midis entiers à sauter d'un toit à l'autre (d'un toit à l'autre!) à travers toute la cité. Ce jour-là, le temps d'arriver jusqu'au bois de Vincennes, il était tombé deux fois après s'être pris les pieds dans le bord du trottoir ou dans une plaque d'égoût. La comparaison avait de quoi le faire grimacer.

Ce ne fut que lorsque Laïna recommença à lui parler qu'il réalisa que son délabrement physique était le cadet de ses soucis. Il rouvrit les yeux et renversa légèrement la tête en arrière, désireux de regarder la jeune féline en face (même si c'était à l'envers). Sur le coup, il lui en voulut. D'avoir raison, bien sûr. De lui répéter pratiquement mot pour mot l'avertissement de Catelyn: Opale et lui ne pourrait jamais vivre en paix dans un monde pareillement en guerre. Les deux camps étaient trop aveugles pour leur permettre de s'aimer en toute quiétude. Ni les humains ni les créatures n'accepteraient un couple comme le leur, et Algol sentit une vague de nausée lui tordre l'estomac à l'idée que plusieurs de ses anciens amis seraient prêts à le pendre haut et court pour avoir oser aimer une humaine... Non, décidément tout cela n'était pas juste.

Sa tête rebascula vers l'avant, et son regard miel se perdit dans les reflets violets du ciel assombri. Il se sentait mal, même si cela n'avait plus rien à voir avec la panique étouffante qui l'avait précédemment pris à la gorge. Le sentiment qui l'étreignait à présent était plus lancinant, comme une profonde mélancolie qui s'installait en lui sans vraiment le faire souffrir. Hélas, Laïna avait raison: il n'obtiendrai rien en restant les bras croisés. S'il voulait acquérir sa propre liberté, la gagner de manière définitive, ses griffes allaient à nouveau faire couler le sang. C'était inéluctable, et Algol savait déjà qu'il se plierait à cet état des choses. Pourtant, Dieu sait si l'idée de tuer lui faisait horreur, encore plus qu'avant la chute de la Thianra. Il avait promis à Opale de se soigner, et paradoxalement il devrait encore faire preuve de violence et de cruauté pour y parvenir. Mais il n'était pas le seul en cause, et il était trop prompt à l'oublier...


« Tu sais, quelle que soit la décision que tu prendras, je te soutiendrais. Et tu peux rester ici tout la durée que tu le souhaites, le temps que la situation se calme un peu. Tu ne me gênes pas du tout. Et tu pourras te reposer, je ne serais pas là très souvent. Je ne te collerais pas. Et après, quand tu partiras… »

La délicate main du léopard des neiges saisit à nouveau celle qui passait sur son visage, et il fit l'effort de renverser encore une fois la tête pour affronter le regard de Laïna. La tristesse et l'amertume étaient revenues sur ces traits qu'il aimait tant. Son étreinte se resserra et il fit l'effort de s'asseoir pour regarder la jeune femelle en face - tant pis pour le catasplame. Sa main libre alla caresser la joue aimaigrie de la féline, et il effaça d'un revers du pouce les larmes qui pointaient au bord de son oeil. Il souriait, et cette fois la tendresse se mêlait à la nostalgie.

"Qu'est-ce que je t'ai dit tout à l'heure? J'ai fait des erreurs, bien trop d'erreurs, je ne suis plus capable de grand chose sur le plan physique, et... et j'avoue que je suis dans un état mental encore plus lamentable que d'habitude. Mais je ne t'abandonnerai plus, tu m'as bien compris? Plus jamais."

Il s'interrompit un instant et pencha attentivement la tête sur le côté, en un tic très félin.

"Je t'aiderai. Non, ne dis rien: ça ne me coûte pas. Tu as raison, il faut que je retrouve Noah, ne serait-ce que pour lui sauter au cou et lui flanquer mon poing dans la figure."

Nouveau silence. Algol baissa imperceptiblement les yeux.

"Je ne sais pas ce que je vais faire, et je ne crois pas que je le saurai demain non plus. Je ne peux pas te promettre que... que je t'aiderai à... te battre. Ca va te sembler stupide, mais je ne suis même pas certain d'être encore capable de faire du mal à quelqu'un, même si c'est mon pire ennemi."

Soudain sa voix se raffermit, et il saisit le visage de Laïna à deux mains pour appuyer ses paroles.

"Mais il y a quelque chose que je peux encore te promettre. Je vais rester, et je vais m'efforcer de ne pas être un poids mort pour toi. Puis je vais retrouver Noah, je vais lui secouer les puces et lui faire comprendre que tout le monde à besoin de lui dans cette fichue ville. La suite, je ne sais pas. Mais quand... quand tout sera terminé... qu'on aura gagné, ou bien qu'on aura perdu..."

Il sourit.

"Tu pourrais venir avec Opale et moi. Rien ne te retient ici, rien ne te retient nulle part. C'est ta décision. Laïna la guerrière veut se battre? Très bien. Mais ils ne t'ont pas changé à ce point-là, tu l'as dit toi-même. Je sais que je parle toujours à ma petite soeur. Et je sais que s'il lui faut une maison, un foyer... je peux lui proposer quelque chose qui y ressemble. Tu mérites d'être heureuse. Promets-moi de ne pas l'oublier."

L'espace d'un instant, sa mélancolie se fit plus douloureuse: avant la chute de la Thianra, c'était un peu comme un jeu entre Laïna et lui, le jeu du "promets-moi". La jeune femelle avait un mal fou a se faire à l'idée qu'elle s'attachait de nouveau à quelqu'un, et elle était toujours effrayée à l'idée de promettre quelque chose à un être qui lui était cher, parce qu'un tel acte l'obligeait à se lier encore plus étroitement à cette personne. En réponse à ce comportement, Algol avait volontairement pris l'habitude de ponctuer toutes ses demandes importantes d'un "promets-moi". Et près d'un an après leur séparation, il s'apercevait qu'au moins pour lui, cette démarche avait toujours autant de valeur.

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MessageSujet: Re: L'air libre...   Mer 13 Sep - 0:41

[Merci^^. Depuis le temps que je cherchais l’image représentant Laïna elle-même et pas une ressemblance vulgaire. J’en ai bavé pour la dénicher mais Laïna est enfin en chaire et en os !]


Les ténèbres étaient petit à petit tomber sur la ville de Paris, faisant s’allumer les quelques lampadaires qui fonctionnaient encore. Le calme avait tout emporté, faisant de cet endroit immense une ville fantôme. Plus personne n’osait sortir dans les rues à une heure pareille, par peur de tomber sur sa dernière vision. C’était normalement le moment que la féline choisissait pour mettre en œuvre ses exactions terribles. La nuit était pour les félins une sorte de maître, d’aura supérieure leur donnant l’espoir et la force de se battre. Si les humains rentraient dans de grands monuments sculpté pour prier, la nuit et la lune étaient les divinités des créatures qui offraient leurs offrandes à cette obscurité et prêtaient serment envers elle. Ils avaient la foi en elles et rien ne pouvait alors les dissuader de leur promesse. C’était une différence avec les humains qui trahissaient facilement les paroles qu’ils donnaient et venaient ensuite se faire pardonner en s’asseyant dans une sorte de cage où une autre personne les écoutait et leur offrait le pardon. Le seul pardon d’un félin était la mort. Les créatures possédaient finalement les principes oubliés des être humains. La loyauté, la justice, l’honneur.

Laïna était concentrée sur le crépitement du feu pendant que le félin essayait d’accepter sans trop de dégât pour son corps, le liquide frais et hydratant de la bouteille. L’eau de cette source était un vrai bonheur car cet élément se faisait rare. La plupart du temps, les autres ruisseaux et les rivières alentours étaient pollués et il était impossible d’y boire en espérant en ressortir indemne. Elle sourit cependant, se rappelant cette fameuse sortie d’égouts dont parlait Algol. Dans un mauvais état était un faible mot lorsqu’elle repensait à la situation du léopard des neiges. Et maintenant qu’il se retrouvait pour la première fois depuis des mois, la même scène semblait se répéter. Et pourtant, tant de choses avaient changé. Détournant le regard un instant de la flamboyance des flammes, son regard se posa sur Algol. Ce dernier avait ôter son T-shirt crasseux. Elle ne s’en était encore même pas rendu compte. Son teint devint plus rosé, illuminant ses petites pommettes. Elle savait combien son « grand frère » était séduisant mais la séparation lui avait quelque peu ôter la réalité des choses. Elle reconnaissait un goût plus qu’excellent à Opale. Mais elle continua ses occupations sans vraiment y prêter attention. Elle se contenta de donner toute l’attention dont elle était fournie pour soulager l’être le plus cher au monde à son cœur. Elle fut soulagée de voir que Algol, finalement acceptait le cataplasme.

Tout en lui massant délicatement le crâne, elle parla de choses que quiconque contient de l’espoir ne voudrait pas entendre. Le sujet des sentiments est toujours particulièrement difficile à lancer. Algol ne lui répondit pas cependant, se contentant de la regarder puis de fixer les étoiles. Lui aussi aimait cette pénombre, cette voûte céleste envers laquelle les créatures avaient fait le serment de la liberté. Laïna leva la tête aussi. Peut être, qui sait, que quelque part, au même moment, Noah fixait les diamants de la nuit avec la même nostalgie.

Elle se perdit un moment dans ses pensées. C’est alors qu’elle surpris le félin à s’asseoir en face d’elle tout en lui tenant une main et en passant la deuxième sur son visage. Ce geste tendre engagé pour mettre un terme à une larme gênante eut l’effet d’en faire couler de nombreuses autres. Elle l’écouta sans broncher, se contentant de quémander encore un peu d’affection en frottant sa joue contre la main du félin. Cela faisait tant de temps qu’elle n’avait pas eut l’occasion de recevoir une caresse. Les seuls membres qui s’étaient attardés sur elle durant la dernière année n’avaient jamais au combien été tendre.


« … Mais je ne t’abandonnerais plus, tu m’as bien compris ? Plus jamais ! »

Ces mots raisonnèrent en elle comme un boomerang frappant sur un gong et elle releva les yeux vers lui. Voyant la mimique qu’il faisait, elle écarquilla les yeux, signe d’un nouvel espoir. Ses belles oreilles rousses se redressèrent et pointèrent dans la direction d’Algol. La suite, elle l’écouta sans vraiment l’entendre. Chaque parole l’imprégnait au plus profond de sa chaire mais elle n’était pas en mesure de les analyser. Elle ne ré atterri que lorsque Algol remis en route son éternel jeu du « Promets-moi ». Un sourire suivit d’une petite larme de bonheur vinrent illuminer son visage et ses yeux. Sur l’instant, la seule réponse qu’elle put donner fut de se jeter dans les bras du félin pour se blottir contre lui.

« Promets-moi ». C’était un vrai jeu d’enfant tel que le « cap ou pas cap ». Elle se souvenait très bien de ces instants. Certaines fois Algol et elle le jouait en chahutant, d’autre fois avec tendresse, parfois, lorsque la jeune féline jouait les insouciantes Algol le faisait alors plus menaçant. Il l’avait instauré entre eux lorsque la féline l’avait rencontré. Elle se souvenait très bien de cette petite créature innocente et naïve qu’elle était à cette époque, terrorisée à l’idée de s’attacher et de devenir un véritable fardeau. Elle avait tellement souffert de n’être que la brave bête enfantine seulement bonne à protéger et à éduquer. Les autres recevaient des missions, mettaient en danger leur vie pour le clan. Mais Noah et Algol ne l’avaient jamais entraînée dans des risques aussi grands, se contentant d’apprendre à la petite créature quelques prises de combat pour se défendre en cas d’attaque incongrue. Elle n’avait jamais rien extériorisé, se contentant d’être la gentille petite fille sage que tout le monde souhaitait. Pourtant, elle avait souffert de ne pas être en mesure de protéger les siens. D’être sans cesse le boulet que l’on transporte plus par pitié que par besoin. Elle avait essayé parfois de jouer les têtes brûlées, uniquement dans le but de les aider, montrer qu’elle pouvait se rendre utile. Mais dans ces rares moments, lorsqu’au final les chefs s’en apercevaient, elle passait un très mauvais quart d’heure. Elle savait au plus profond d’elle-même qu’ils le faisaient plus par terrible peur que les choses aient mal tournées que par véritable colère, pourtant une douleur aigue lui paralysait l’âme durant des jours entiers. Alors, Algol, pour éviter les crises de nerf du tigre peu patient et parce qu’il savait que l’honnêteté de la féline lui ferait toujours honorer ses paroles, avait mis en place ce tour de passe pour contrer les élans ou les vides de Laïna. Cependant cela n’enlèverait jamais la douleur atroce qu’elle avait ressenti cette nuit là. Voir ce doux visage si patient et attentif, ce corps protecteur et présent, cette âme si grande et respectable écroulée au sol, soumise aux hommes, sans qu’elle ne puisse rien faire. Il lui avait interdit de tenter le diable, elle l’avait écouté, elle l’avait promis, essayant de rattraper Noah pour que ce dernier l’aide. De ce jour, elle avait retenu que certaines promesses doivent parfois être brisées pour ne posséder aucun regret. Pour un honneur factice, pour une malheureuse promesse faite au félin, elle n’était pas intervenue. Si seulement elle avait eut le courage… Elle serait peut être morte mais n’aurait nul regret. Elle s’était alors engagée avec elle-même à ne plus jamais promettre quoi que ce soit envers quiconque. Pourtant la réapparition de ce jeu en même temps que le léopard des neiges ravivait tant ce besoin d’affection et de protection qu’elle se trouvait prise entre deux fronts. Laïna et son démon entraient de nouveau en un conflit violent, entre le désir d’être libre et sans loi et celui d’être la douce créature disciplinée que les siens avaient toujours connu. Elle finit au bout d’un certain temps par trouver un équilibre entre les deux âmes.

Elle se pelotonna une dernière fois contre Algol avant de poser ses mains sur son torse pour redresser la tête et le regarder avec tout le sérieux qu’elle avait acquit. Il ne résidait dans les flammes de ses yeux, aucune trace d’humidité pas même de la rancune ou de la tristesse. Rien hormis un amour profond pour le seul être qu’elle considérait comme de son propre sang. Son père mort, Algol restait son unique fil de vie sur la planète. Avec une voix tendre et à la fois ferme elle daigna répondre enfin.


« Je ne sais pas s’il faut que j’approuve ou non ton affirmation. Le mérite de posséder le bonheur ? Tu as commis des erreurs mais c’est également réciproque. La première étant de t’avoir laisser tomber. Pourtant une partie de moi te rend directement responsable de tout. La question véritable est quels choix auraient vraiment pu être pris dans un tel moment. Au fond, la surprise nous a conduit à la panique et nous n’avons peut être pas été en mesure de faire taire la partie bestiale qui nous caractérise. Tu aurais pu faire un massacre et nous sauver, Noah aurait pu oublier ses vengeances personnelles et t’aider, j’aurais pu trahir une bête parole que seule une enfant de six ans respecte et te porter secours. C’est ainsi, il faut l’accepter, rien ne sera changé. Maintenant, même à accepter le fait qu’il ne faut avoir aucun regret, les exactions que j’ai commise lors de ma séparation ne font plus de moi quelqu’un digne de pureté et de bonheur. »

Elle stoppa un court instant, baisant les yeux par résignation.

« Tu ne veux plus te battre, je peux le comprendre. Je n’en ai pas plus grande envie. Mais je ne referais pas l’erreur de jouer le gentil petit matou bien sage en vous regardant mettre votre vie en jeu. Je veux aussi montrer ma valeur, vous aidez. Sans dire de tuer, mais jouer mon rôle dans la bataille. N’avoir rien à me reprocher. Je ne veux plus te voir rentrer le soir, couvert de sang en ne pouvant être que spectatrice. Je ne veux plus voir Noah s’énerver et punir le clan en étant épargner car pauvre bête pittoresque. Je ne veux plus dire oui à des promesses qui vous mettront en danger ! »

Ses poings s’étaient resserrés sur le torse d’Algol et les oreilles de la féline étaient plaquées dans sa belle chevelure auburn. Sa voix s’était faite plus agressive sans pour autant devenir menaçante. Elle se battait contre elle-même et tentait de garder le contrôle de ce corps devenu imprévisible. Ses membres tremblaient, la peur la frappait de nouveau, le vide paraissait s’ouvrir une fois de plus sous ses genoux. L’espace d’un instant, les pupilles fendues qui caractérisaient la présence de son double diabolique refit surface avant de disparaître et laisser la forme lisse et ronde des pupilles aux apparences humaines. Elle devait gagner, tout comme Algol le faisait avec son « autre ». Il était celui qui pouvait le mieux la comprendre, le mieux savoir le ressentiment terrible de la perte de contrôle.

« Algol, je te fais le serment de ne pas oublier tes paroles et même de ne pas te quitter. Mais en échange, je voudrais qu’à ton tour tu me fasses une promesse. Tu restes mon grand frère adoré, je n’ai plus que toi. »

Elle savait que sa demande allait choquer le félin. Il n’était jamais facile de demander ce genre de faveur et encore moins de l’accepter. Pourtant, la situation imprévisible qui l’entourait ne lui laissait pas d’autre choix que de prendre quelques précautions.

« Quand tu auras des enfants, je pourrais être leur gardienne ? S’il te plaît ! Je pourrais leur apprendre plein de bêtises comme ça, et ils seront bien pénibles rien que pour vous embêter toi et Opale ! Non, en fait c’est moi qui serait la plus enquiquineuse, juste pour le plaisir de vous entendre râler un peu. »

Elle avait totalement fait bifurquer la conversation volontairement. C’était des retrouvailles placées sous le signe du plus grand bonheur au monde et depuis tout à l’heure, ils ne faisaient que déprimer. Mais après tout, ils étaient de nouveau réunis, et Algol avait dit qu’il resterait auprès d’elle. Donc rien d’orageux à signaler, tout était beau dans le meilleur des monde. Au diable les souffrances passées, maintenant, c’était en l’avenir qu’il fallait réfléchir.

« Et puis tu sais mon Algol, il ne faut pas avoir peur finalement. Si ça se trouve, pendant le temps qu’on ne l’a pas vu, le tigrounet il s’est peut être bien trouvé une belle humaine à son goût et il n’osera jamais te le dire. Remarque une créature ce serait pareil et le résultat identique : Je ne donne pas cher de la progéniture. Tu t’imagines, entouré de mini Noah partout ? Pauvre nous !! Mais eux, je ne veux pas les garder, ils me découperaient en morceau rien que pour s’amuser ! »

Elle souriait totalement et passa dans le dos du félin. Il ne fallait pas sortir du cerveau le plus intelligent pour sentir la tension du léopard des neiges. Elle décida donc de tenter le tout pour le tout, agacée par la mauvaise foi des muscles de son frère. Ils arrivaient à être aussi têtus que lui ce qui n’était pas pour calmer la jeune féline. Elle entreprit alors de masser doucement les épaules du monsieur. Il allait se détendre complètement, foi de Laïna !

« Tu verras, ça te fera du bien ! Non mais euh ! Comme si tes muscles allaient me résister en plus, j’aurais tout entendu moi ! »

Elle était de nouveau de bonne humeur, chose rare et extraordinaire. Malgré sa douceur et sa naïveté elle avait toujours été d’un naturel bougon et déterminer.

« N’ait pas peur pour ton histoire avec Opale, elle existera durant longtemps. Et puis si certain sont près à te renier et te tuer pour cet affront, d’autre te soutiendront. Après tout, tu es à moitié humain, il n’y a qu’un partie de toi qui soit hors la loi ! Et puis, si je veux garder tes bambins, il faut bien que tu puisses vivre un peu avec ta bien aimée ! »

Elle s’arrêta de masser Algol et entoura son cou de ses bras fins en posant sa tête sur l’une des épaule du félin. Sa voix ne devint alors qu’un son léger, presque un chuchotement.

« Tu sais, moi je te soutiendrais et je me battrais pour vous. Tu n’imagine pas à quel point je suis heureuse que vous vous soyez enfin déclarés ! Vous aurez mis le temps mais au moins… Et regarde, ne doute pas ! Ais confiance en elle, en vous et en ceux qui vous aime. Sans tuer, sans faire de mal, il est possible de faire accepter ses choix. Et puis, « La belle et la Bête » est un conte qui se termine bien finalement. Votre fin sera merveilleuse, pour vous et pour nous tous. J’en suis certaine parce que la justice finit toujours par triompher, tu verras. »

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Algol
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MessageSujet: Re: L'air libre...   Dim 15 Oct - 20:00

Ah, Laïna... Peut-être avait-elle dû se construire une double-personnalité ivre de sang pour survivre, mais elle avait survécu, et aux yeux d'Algol rien n'avait davantage d'importance. Qu'en avait-il à faire des exactions qu'elle avait dû commettre pour survivre? Certes, ces actes pesaient sur la conscience de la jeune féline, et l'ancien sous-chef n'était que trop bien placé pour savoir à quel point ces remords pouvaient s'avérer destructeurs sur le long terme. Les humains avaient fait pénétrer Laïna dans un monde de douleur et d'horreur qu'Algol aurait préféré être le seul à connaître. Mais au moins pouvait-il l'y guider. Rien que pour sauver cette joie innocente qui perçait encore dans la voix de ce médecin dévoué.

Le léopard des neiges avait fait plus que sursauter lorsque leur conversation avait perdu son aspect dramatique pour porter sur sa progéniture à venir. Sidéré par l'idée déglinguée qui avait fait son apparition dans l'esprit de sa petite soeur, il avait ouvert et refermé la bouche façon carpe, incapable de trouver un simple début de réponse. Laïna avait le chic pour concevoir largement avant lui les rêveries roses et bleu ciel qui le saisissaient parfois à la pensée d'Opale, sans doute parce qu'il restait un mâle et que ce genre de choses, c'est une histoire de double chromosome X. Mais c'était tout de même saisissant: la panthère avait abordé la question du mariage alors que le couple envisageait à peine le fait qu'ils puissent s'aimer, et à présent elle parlait d'enfants alors que le léopard n'avait même pas songé à ses retrouvailles avec l'humaine. Tu parles d'une longueur de retard...


"Mais Laïna..."

Il s'apprêtait à jouer son rôle de grand frère raisonnable, à répliquer gentiment mais fermement que les créatures et les humains appartenaient à des espèces différentes et qu'ils ne pouvaient aucunement se reproduire, quand une vision hallucinante de réalisme et divinement tentatrice s'imposa à son esprit. Il se vit, lui, à califourchon sur le toit d'une petite maison écartée, occupé à colmater pour la énième fois ce fichu trou qui laissait passer la pluie jusque dans la chambre d'ami. Il vit Opale, apaisée, vautrée dans une chaise longue pour profiter du soleil tout en achevant la lecture de son roman de science-fiction. Il vit Laïna jouer sur le gazon avec une boule de poils blonde, petit Casey déjà grandit mais toujours aussi... hum... Casey quoi. C'était complètement stupide, naïf, à la limite de la niaiserie. Et pourtant, ça se rapprochait d'un bonheur qu'Algol n'avait jamais osé rêver - eh si, même l'idée d'adopter Casey lui paraissait belle dans ce moment d'égarement.

Laïna avait le droit d'être heureuse. Lui aussi.

Un sourire confus mais plutôt joyeux vint se peindre sur les lèvres du félin, tandis que la jeune femelle venait poser sa tête sur son épaule. Algol lui prit les mains, sans rien dire. Elle attendait donc si impatiemment qu'ils se déclarent? Pourquoi? Parce que le léopard était son frère officieux? Parce qu'Opale lui avait ôté cet atroce collier qui la torturait? Ou peut-être tout simplement parce qu'elle était une créature sensible, ravie de voir deux personnes qu'elle appréciait s'avouer enfin qu'elles pouvaient goûter au bonheur ensemble? Douce Laïna...


"Je te préviens, je te prendrai au mot. Je ne suis pas doué avec les enfants. Il y en a un que je dois te présenter, d'ailleurs. Tu vas l'aimer je pense, même s'il est bien plus dangereux qu'une chimérique orde de mini-Noah."

Un long silence s'écoula, un silence reposant, qui n'avait absolument rien de gênant. Algol sentait la joue fraîche de la féline apaiser sa gorge encore brûlante, ses mains scarifiées caresser gentiment les paumes des siennes. Ils regardaient les flammes danser de leurs yeux d'ambre, avec le ciel nocturne pour seul témoin. Laïna avait raison: au diable les problèmes, ce soir était un nouveau départ dans leur vie commune. Les dilemmes et choix cruels reviendraient avec le soleil, mais pour l'instant ils n'avaient qu'à se laisser aller à la douceur de la nuit, se réjouir de s'être retrouver, s'égarer dans un futur peut-être pas si fantasmatique que ça. Oui, Algol voulait regarder de l'avant. Et pour ça, il avait encore quelque chose à faire. Il se redressa, comme si son dos perclu de crampes se rappelait seulement qu'il était censé se tenir droit. Et il retrouva soudain le souvenir de la voix assurée qu'il employait quotidiennement, du temps où il était encore sous-chef de la Thianra.

"Petite soeur, j'ai besoin de ton aide."

Il tourna la tête vers elle pour la dévisager d'un air grave. Il voulait la croire lorsqu'elle lui assurait qu'elle était capable d'assumer des actions dangereuses, et il comptait bien le lui prouver par cette demande.

"Ce boîtier, sur mon collier. C'est une électrode. J'ai réussi à la désactiver, mais j'ai peur que la manoeuvre inverse soit facile à effectuer... Si Catelyn me retrouve ou passe dans les parages avec un émetteur assez puissant, je vais passer un sale quart d'heure."

Il s'humecta les lèvre pour réprimer la sourde angoisse qui prenait forme au creux de son estomac.

"Le collier est renforcé de métal et ne s'ouvre qu'avec ses empreintes. Mais le boîtier est seulement vissé dessus. J'aimerais que tu l'arraches d'un coup de griffes. Je n'y arriverai pas tout seul, et je ne peux pas prendre le risque de le conserver en état de marche."

Son regard de miel étincelait dans la lueur du feu de camp. Il n'était pas idiot: le boîter était si près de son cou que l'attaquer à coups de griffes, à l'aveuglette, revenait à s'égorger. Lui-même ne pouvait rien faire. Mais une autre créature, peut-être. Quelque de confiance, assez fou et aimant pour oser prendre le risque de le blesser à mort pour mieux le délivrer. Et il avait confiance en Laïna. Elle pouvait y arriver, d'autant plus qu'à présent elle savait très bien se servir de ses armes naturelles. Elle comprendrait.

Enfin, il l'espérait.

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MessageSujet: Re: L'air libre...   Ven 20 Oct - 21:56

La mélodie douce et calme du vent de la nuit venait caresser avec tendresse la peau des deux félins qui se laissaient docilement attendrir par la flamme ardente d’un rêve fou. Laïna n’avait pas répliqué aux paroles d’Algol qui la provoquait quant à ce qu’elle s’occupe de la future progéniture. Point besoin de mot, la seule faculté à s’évader dans le méandre des songes suffisait. C’était tout simplement fou. Une vision lointaine lui renvoya l’image d’une famille unie, sans haine ni préjugé. On parle souvent en affirmant que la personnalité d’un individu se forge lors de ses premières années de vie et que même si le destin vient perturber son équilibre, il restera à jamais ce qu’il est devenu pendant cette période. C’est pour cela qu’il est fort important de donner ce qu’il y a de meilleur aux enfants. Et Laïna savait que cela serait possible auprès de son grand frère et de Opale.



Elle caressait machinalement la paume bien plus large que la sienne qui appartenait à son grand frère. Elle y faisait des cercles, des étoiles, des nuages ou bien encore des soleils. Certes, ils n’apparaissaient que dans son imagination mais ils étaient là. Sa joue rafraîchit par la nuit et collée contre le cou d’Algol savourait avec délice les pulsations régulières que produisait l’afflux sanguin dans l’artère qui courait le long de la gorge du félin. De bien petites choses mais qui régissent tout le bonheur d’une vie. Et les flammes dansaient et riaient. Bientôt, des nymphes lui apparurent, chantant avec force joie, incitant à la perdition de l’âme pour rejoindre le doux pays de Morphée. Elle se sentait vaciller sur le chemin des rêves, son corps s’assoupissant peu à peu sur le dos du mâle. Ses pensées allaient à la créature dont Algol avait fait mention. Elle se sentait pressée de faire sa connaissance. Peut être un petit être avec qui elle pourrait partager son côté enfantin qui ennuyait les adultes. Un enfant pire qu’une horde de petit Noah ? Sans blague ! Cela pouvait il seulement être possible ?



Mais elle oubliait que l’enfance est l’instant de toutes les possibilités. Il n’y a ni frontière, ni contrainte, ni peur. Seulement l’envie irrésistible de mordre la vie à pleine dent cherchant le noyau qu’était l’amour. Les choses changeaient avec le temps, les individus devenaient amers, méchant, sournois. Les mots espoirs, justices et solidarité finissaient par être oubliés de leur vocabulaire. Et les humains devenaient bourreaux, et les créatures devenaient des bêtes. Cercle primaire qui ne trouvait aucune sortie. Alors tant qu’à abandonner l’espoir de voir un monde en paix, Laïna se plaisait à imaginer son rôle de nourrice auprès de Opale et d’Algol. Au moins ces petits êtres là auraient-ils la chance de connaître les valeurs oubliées. Car derrière leurs allures sereines et assurées, elle savait combien Opale et Algol avaient un grand cœur. Son grand frère se disait peu doué pour les petits et pourtant… N’était ce pas lui qui avait récupéré la féline, lui avait appris à se battre, l’avait parfois sauver des sautes d’humeur du tigre ? Même si elle avait à l’époque l’âge avancé de 16 ans, il n’en allait pas moins que son caractère enfantin avait largement été supporté sans bronché par le léopard des neiges. A qui elle décernait du reste le prix Nobel de la patience. Et c’était lui encore qui venait lui parler de lui présenter un chérubin diabolique. Alors, tentait-il d’ignorer sa fibre naturellement paternelle ? Ou fraternelle ? Pour elle, c’était du pareil au même.



Elle sentit soudain le félin se redresser et entrouvrit les yeux. Les flammes dansaient toujours avec fougue mais les nymphes avaient disparut. Elle sentait venir une question piège. A force de fréquenter la Thianra, c’est une habitude qu’elle avait finit par accepter. Lorsque le sous-chef parlait, on l’écoutait et on faisait. Non que ce soit une obligation, mais si Algol lui demandait une chose même banale, elle avait pour passion de toujours y répondre avec loyauté. Enfin, dans la mesure du possible. Cependant, elle c’était assez bien accommodé du nouveau Algol tout gentil qu’elle avait retrouvé. Le calme lui allait si bien…Mais la demande était cette fois bien plus sérieuse qu’elle ne l’avait jamais été. Laïna regretta un fond d’avoir dit à Algol être prête à tout pour le soutenir. Ce qu’il lui demandait n’était pas fou, c’était carrément du suicide. Bien entendu qu’elle savait se servir des griffes qui dormaient tranquillement sous la fine chair de ses mains mais il lui fallait une précision mathématique encore plus précise qu’un appareil de géologie mesurant les années de chaque couche de la Terre.



Elle releva ses oreilles poilues en faisant une petite mine de pitié au félin avant de finalement réfléchir. Il lui demandait d’arracher un boîtier simplement vissé, ce ne devait pas être si compliqué. Elle avait finit par maîtriser la précision de ses coups avec une immense minutie. Au pire elle l’égorgeait vif (de toute façon il n’aurait pas le temps de souffrir), au mieux elle faisait valser un machin noir électrique à l’autre bout du fourré. Dans les deux cas il serrait libéré. Elle s’écarta du félin et soupira avec une sorte de grognement insatisfait. Il lui fallait maintenant détourner l’attention du félin, pour éviter que ce dernier ne fasse une crise de peur lorsque les griffes viendraient attaquer le plastique. Un seul geste même minime et il passait au trépas.



« Et voilà ! C’est toujours comme ça avec toi ! Remarque Noah n’était pas mieux mais bon, il est absent, on ne va pas en faire de cas. Je redoute le jour où tu me diras « tue-moi ». Non mais ça va arriver, je le sais ! T’es bien un mâle tient ! Vous critiquez les filles de ne pas être en mesure de se battre, et pour cause ! Vous ne demandez jamais de tuer un ennemi, non, ce serait bien trop amusant ! C’est à vous que l’on doit faire du mal !... »



Elle était montée dans une fausse colère qu’elle jouait avec un jeu hors pair. Et même si Algol pouvait deviner que ce n’était qu’une mise en scène son cerveau était absorber ailleurs que sur l’objet de tout les tourments. Laïna pouvait alors agir. Elle s’était mise debout en faisant les cents pas tout en fixant Algol de ses yeux de braise. Et soudain, sans crier gare...



Les griffes étaient sorties mais le boîtier se trouvait toujours en place. La position du félin semblait très délicate et la féline remarqua une goutte de sueur sur la tempe du léopard des neiges. Les armes de la créature étaient figées tout contre la peau tendre du cou bien qu’elles ne lui aient fait aucun mal. La féline semblait en pleine réflexion, oubliant la position peu confortable d’Algol. C’est alors qu’elle retira les opercules d’un coup sec en le fixant.



« Une question au fait avant de faire ton machin suicidaire. Tu as dit que le boîtier était vissé. Alors pourquoi ne veux tu pas te servir d’un tournevis ? Ce serait trop simple ? »



Elle ne lui laissa pas le temps de parler. En avait-il seulement les moyens après l’émotion qu’il venait de subir ? Elle se redressa et alla farfouiller une fois de plus dans l’une des cachettes qui renfermaient son trésor avant d’en ressortir avec… Une mallette entière d’outillage. Elle était pire que Mary Popins !



« Je l’ai prise au mécanicien de l’angle de la rue pas loin du bord de Seine. De toute façon elle ne lui aurait pas servit, elle était trop lourde pour emporter dans l’Au-delà. »



Elle s'agenouilla auprès du félin afin d'être en mesure de tri touiller le boîtier. Vraiment, les humains n'avaient aucune limite à la bêtise. Elle connaissait très bien ces engins de malheur, quoiqu'elle espère avec force que ce collier ci ne possède pas de pointes. C'était finalement à se demander si les créatures étaient considéré comme des bêtes ou des objets. On les traitait avec le mépris accordé aux simples animaux et on les marquait comme de véritables coffres forts. C'était totalement absurde. Ses doigts tombèrent bientôt sur ce qu'elle cherchait. Un tournevis possédant le bon diamètre. Mais bien évidemment, il aurait été trop simple que les vis en questions soient visibles et rapides d'accès. Il ne fallut pas moins d'une demi heure à la jeune féline pour accomplir sa tâche. Car en même temps d'enlever la chose, il fallait être assez prudent pour ne pas risquer de déclancher le courant. Mais patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Elle attrapa le boîtier avec fureur, qui jonchait maintenant sur le sol, et s'éloigna un peu du félin. Ce machin l'avait énervé et il allait en payer le prix. Elle le lança en l'air avant de lui asséner un violent coup de griffe qui le découpa net et de sauter dessus comme un enfant sur un château de sable. Autant dire qu'il ne restait plus grande chose de ce porte-malheur et le danger paraissait écarté définitivement. Elle ramassa le "boîtier crêpe" et alla le remettre dans les mains d'Algol.



"Et voilà!Et bien! Ne fait pas cette tête!"



Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer et lui sauta dessus en le chatouillant et en le faisant tomber à la renverse.



"Aller! Remet-toi! Tout est au mieux alors soyons heureux! Tu es libre, tu vas pouvoir aller voir Opale, Tu vas pouvoir faire de tes rêves une réalité!! Alors souris grand frère! Et puis tu as dit que tu devais me présenter un petit bout, alors sors de ta torpeur... Et puis tu m'as trouvée, c'est heureux! Enfin, je reconnais que ce n'est pas ce qu'il y a de plus divin quand on pense à quoi cela revient de me supporter... Mais l'espoir renaît, fais de même!"



Elle se laissa doucement tomber sur le côté et lança son regard en direction des milliers de petits diamants qui habillaient la parure sombre de la nuit. Elle se demanda soudain si quelqu'un dans ce monde regardait ces étoiles en pensant à elle. Et elle regrettait de devoir répondre négativement. Au moins n'était elle pas seule. Les bons moments lui revinrent en mémoire. La fois où elle était entrée pour la première fois dans la maison d'Opale, la découverte de sa bibliothèque, la bataille de farine, le remède auquel elle s'était trompé d'ingrédient et qu'elle avait fait boire à Algol, les fois où ils jouaient ensemble dans les locaux de la Thianra, les crises de colère du tigre et les fou rires secrets qui s'ensuivaient généralement, les fois aussi où elle se rendait en compagnie de ses amies au parc pour manger une bonne glace. Tout cela lui manquait. Depuis son retour elle n'avait réussi à retrouver aucun survivant excepté Algol. Ce qui n'était pas rien. Et le clan Arnaith aussi. Dont elle gardait de fâcheuses blessures à cause de cet espèce de fou qui cherchait Noah. Elle ne souffrait plus mais était obligée encore de s'apporter des soins corrects et quotidiens. Chose dont elle avait finalement pris l'habitude.



"Dis! Tu crois qu'on pourra bientôt courir de toit en toit comme avant? Et faire la course, même si je perdais tout le temps!"



Le fait de repenser au passé et aux âneries qu'elle avait autrefois faites et dont elle était passée reine la fit partir dans un fou rire suave et entraînant. Vraiment, on pouvait mettre autant de norme que l'on voulait, les créatures savaient s'amuser même en étant grandes et c'est ce côté définitivement enfantin qui faisait qu'elles resteraient invincibles jusqu'au bout.

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Algol
Sous-chef de la Thianra

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MessageSujet: Re: L'air libre...   Dim 22 Oct - 19:56

[Sur ce coup-là, c'est pas Algol qui a failli avoir une crise cardiaque, c'est moi! XD]



Algol n'apprécia pas la manière dont Laïna le fixa après sa demande. Elle n'avait pas l'air en colère ou horrifiée, non. Au contraire, il se passait exactement ce à quoi il s'attendait: elle comprenait. Le léopard des neiges s'efforça de ne pas laisser voir que la légère gêne dans son estomac devenait un véritable poids. Confusément, un morceau de son esprit espérait que la jeune féline dirait non. Cette part de lacheté qui était née en lui sous les coups de fouets de son premier maître souhaitait que le collier reste actif, que Catelyn passe dans les parages avec son émetteur et qu'elle le repère à ses hurlements. Elle voulait qu'Algol fasse les yeux doux à l'humaine, qu'il la laisse lui mettre une raclée pour s'être enfui et qu'il retourne bien sagement dans sa cage en disant "bien maîtresse". La servitude était tellement plus simple que la liberté...

Laïna se leva, et l'ancien sous-chef ramena ses jambes à lui pour s'asseoir en tailleur. Il ne broncha pas lorsque la jeune femelle commença à déblatérer sur le thème "vous les mâles": il sentait que quelque chose sonnait faux dans cet accès de rage, même s'il soupçonnait vaguement sa petite soeur de vraiment penser une bonne partie de ses accusations. Il avait peur. Pour être plus exact, il était terrifié. Et ce n'était pas cette gémissante petite voix au fond de sa tête qui l'aidait à assurer sa position. Laïna comprenait, elle savait très bien que malgré ces maudites pulsions serviles il ne supporterait jamais de retourner en cage. Cette fois, il s'ouvrirait la gorge avec ses propres griffes plutôt que de passer la moindre seconde dans ce minuscule enfer. A moins que Catelyn ne les lui arrache au préalable, ce qui n'était de loin pas à exclure. Et si elle l'emmenait au QG des Arnaiths, dans ces locaux qu'il avait autrefois dirigés? Le léopard se mordit fugitivement la lèvre: non, pas ça. La torture était bien l'une des rares choses qui lui faisait vraiment peur, et il se sentait mal à la simple pensée qu'on pouvait lui briser tous les os du corps et l'humilier mille fois plus que ce qu'il pourrait supporter, sans pour autant le tuer...

La jeune féline avait attaqué soudainement, au milieu d'une phrase. Anesthésié par son flot de paroles et ses propres pensées, Algol n'eut pas vraiment le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait. Mais instantanément, dans la fraction de seconde où Laïna amorçait son mouvement, il comprit qu'elle allait rater son coup. Il avait eu trop de chance dans la journée pour que cela continue. Alors il ferma les yeux par réflexe, en se demandant automatiquement s'il aurait le temps d'avoir mal avant de se vider de son sang. Et si Laïna penserait à prévenir Opale.

Sauf que la souffrance ne vint pas. Le déchirement du plastique non plus. Le temps sembla se figer autour du félin aux yeux clos, la clairière s'engloutissant à nouveau dans un silence troublé seulement par les craquements du feu - craquements qui prenaient soudain une connotation angoissante que le léopard des neiges ne leur connaissait pas. Puis il nota un léger picotement juste au-dessus de son collier. Les pointes des griffes de Laïna. Il ne frémit même pas, mais son visage perdit instantanément toute couleur. Il entrouvrit une paupière pour observer la jeune femelle, et lui découvrir une expression incongrue: loin de paraître bouleversée, elle semblait réfléchir d'un air extrêmement critique.


« Une question au fait avant de faire ton machin suicidaire. Tu as dit que le boîtier était vissé. Alors pourquoi ne veux tu pas te servir d’un tournevis ? Ce serait trop simple ? »

Algol la dévisagea sans comprendre, soudain persuadé qu'il était tout de même en train de mourir et que son cerveau exsangue hallucinait. De quoi? Un tournevis? Les griffes de Laïna quittèrent la chair vulnérable de sa gorge, avant que la féline n'aille farfouiller dans une de ses innombrables planques et n'en sorte une rutilante caisse à outil. Encore une fois, le léopard la fixa d'un air un tant soit peu abruti.

Puis il comprit.

Et ayant le choix entre fondre en larmes et exploser de rire, il choisit la deuxième solution.

Enfin, exploser de rire, c'est peut-être un peu abusif pour parler d'Algol. Disons plutôt qu'il laissa échapper un ricanement grinçant, définition académique parfaite du rire nerveux. Il prit soudain conscience qu'il avait recommencé à transpirer, et pas qu'un peu. Il passa une main aux doigts encore un tantinet tremblants sur son visage, puis observa avec un amour perceptible Laïna extirper tout un assortiment de tournevis de sa boîte magique - ce fut tout juste si le coeur du léopard se serra lorsque la charmante jeune femelle mentionna le fait qu'elle avait prit cette mallette à l'une de ses victimes. Il n'aimait pas imaginer Laïna avec du sang sur les mains, pas tant à cause de ces idiots d'homo sapiens que parce que sa petite soeur n'aurait jamais dû en arriver là. Elle pouvait lui en vouloir de ne pas l'avoir préparée à la cruauté des hommes, mais Algol ne parvenait pas à le regretter: il avait assez de mal à affronter son reflet dans une glace pour faire une tueuse de sa petite protégée. Il ne regretterait jamais trop qu'elle le soit devenue tout de même. Et il ne haïrait jamais assez ceux qui l'avaient entraînée sur cette voie.

Le léopard des neiges resta sagement assis tout au long de la manoeuvre de Laïna. Elle l'égratigna bien un peu en limant le plastique pour atteindre les vis, mais c'était peu de choses. Il fut mille fois récompensé pour sa patience lorsque les deux renflements qui ornaient l'intérieur de son collier quittèrent soudain le contact de sa peau. La jeune féline se releva triomphalement en brandissant le boîter maudit, et Algol la remercia d'un immense sourire, en jubilant secrètement de l'acharnement que sa petite soeur mit à démolir le système électrique. Les débris qu'elle lui remit finirent négligemment lancés sur le côté de la clairière, en l'attente d'une inhumation plus soigneuse dans une benne du centre-ville.

L'ancien sous-chef passa la main sur son collier, et il y repéra les deux trous qui avaient accueilli les électrodes. Ses doigts s'y infiltrèrent et touchèrent les cicatrices bien lisses qu'elles lui avaient laissé, ce fameux jour où il avait essayé de sortir de le jardin à l'insu de Catelyn. Il s'était évanoui sous la décharge, et il se demandait encore dans quel état il se serait retrouvé si sa "propriétaire" avait été sadique au point de déclencher régulièrement le système de sécurité... Ce jour-là, elle avait éteint le boitier avec une célérité qui ne pouvait lui attirer que de la reconnaissance de la part d'Algol. Reconnaissance qui valait pour beaucoup d'autres choses, d'ailleurs: les bouteilles de lait laissées à sa disposition, les accès quotidiens à la salle de bain ou au moins à une bassine d'eau (comme bon nombre de félins, l'ancien sous-chef haïssait la saleté), la fenêtre toujours entrouverte en été... Le léopard savait pertinemment qu'il n'aurait jamais pu s'enfuir si Catelyn s'était montrée moins laxiste, et cela le mettait terriblement mal à l'aise. Aussi ahurissant que cela puisse paraître, il s'en voulait presque d'avoir recouvré sa liberté en trahissant sa confiance...


"Et bien! Ne fait pas cette tête!"

Et une Laïna dans l'estomac, une! Algol tomba lourdement en arrière, vaincu d'avance par l'assaut enthousiaste de sa cadette. Il laissa échapper un petit rire et se débattit tant bien que mal, jusqu'à se saisir des bras de le jeune féline pour l'empêcher de le chatouiller davantage. Tout en lui souriant de son éternel air calme et affectueux, il nota dans un coin de son esprit qu'il avait intérêt à vite récupérer ses muscles d'antan: s'il en croyait la force contenue des avant-bras qu'il tenait dans ses mains, il n'était de loin plus capable de maîtriser Laïna. N'aurait-elle pas eu une infime longueur de retard à cause de son statut d'individu féminin, il aurait même eu du mal à la contenir lorsqu'il était au mieux de sa forme. Il devrait faire attention lorsqu'il la contredirait, à l'avenir...

"Je ne sais pas si je peux renaître, mais je vais essayer. Ma première vie ne s'est pas très bien passée..."

Il sourit encore pour prouver qu'il plaisantait, avant de laisser la jeune femelle s'allonger à côté de lui. Puis il ramena ses bras derrière sa tête et il ferma les yeux, encore trop étourdi pour bien réaliser le bonheur que c'était de ne plus avoir ce poids sur le côté de son cou. Il écouta attentivement les grillons de la forêt environnante, les quelques feulements lointains de deux créatures qui visiblement prenaient un peu de bon temps. Enfin, son corps contracté se dénoua quelque peu. Oui, il était libre, bel et bien libre. Grâce à Casey, grâce à Laïna. Et Noah... Noah était vivant... Cet abruti insupportable et grincheux, ce tigre désespéremment impulsif était vivant. Algol sentait son coeur battre plus vite à cette simple pensée. Cloud n'avait pas réussi à l'avoir, finalement. Mais quelque chose clochait, cependant, et le léopard des neiges mis du temps à comprendre quoi: ce n'était pas le genre du tigre de rester tranquille pendant si longtemps. Qu'avait-il bien pu lui arriver?

A moitié endormi, Algol perçut les paroles de Laïna, et il sourit sans rouvrir les yeux.


"Oui, on fera la course si tu veux. Mais pas tout de suite alors: je suis ton grand frère, il est hors de question que je te laisse gagner par manque d'entraînement."

Ses paupières se soulevèrent et lui aussi se tourna sur le côté, sans pour autant se relever sur son coude. Il sentait la pression retomber dans son organisme, et l'idée de dormir était trop belle pour être repoussée.

"Laisse-moi une semaine, d'accord? Une seule petite semaine pour me refaire une santé et me faire un peu oublier des Arnaiths. Puis on cherchera Noah, tous les deux, et je te jure qu'on le trouvera. Il faudra commencer par le cimetière des créatures, il y traînait souvent avant... avant."

Ses traits s'adoucirent alors sous l'effet d'une pointe de mélancolie, et il ajouta:

"Et puis, je dois aller au cimetière humain avant de recontacter Opale. Je dois dire au revoir à quelqu'un."

Il resta un petit instant songeur. Il avait visiblement envie de dormir, trop épuisé pour écouter les séduisants appels de la nuit enfin retrouvée. Mais apparemment, il lui manquait encore un petit quelque chose pour se reposer tranquilement.

"Dis-moi Laïna... tu es vraiment restée seule pendant si longtemps? Tu n'as trouvé aucun survivant de la Thianra, personne que tu connaissais? Ils sont... sont vraiment tous morts?"

Il demandait cela à la fois pour lui-même et pour la jeune femelle, parce qu'il voulait savoir si les bribes d'informations que Catelyn laissait échapper était exactes, mais aussi si sa petite soeur avait vraiment dû affronter toutes ces catastrophes toute seule. Mine de rien, il s'en voulait terriblement de n'avoir pas sû la protéger lorsqu'elle avait vraiment besoin de lui. Elle lui en voulait, et elle avait raison.

"Et tu as pris le temps de chercher ton père, depuis que tu t'en es sortie?"

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L'air libre...

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