Histoire : Achetée par correspondance. La compagnie proposait les meilleurs prix du marché pour les créatures domestiquées de haute qualité. Son nom était synonyme de prestige et de standing. Lynn, ou plutôt Nini, comme elle était nommée à l’époque, était un produit exceptionnel. Croisée avec un grand fauve, elle avait été spécialement conçue pour avoir l’air le plus humain possible (le must du chic de l’époque). Elle avait aussi reçu un conditionnement complet approfondi pour être d’une douceur et d’une docilité à toute épreuve. Avoir un domestique croisé avec un Puma et presque humain en plus était un luxe que de nombreuses familles riches convoitaient à l’extrême. Les certificats et tests effectués prouvaient sans aucun doute possible qu’il s’agissait là d’une perle. Et elle était garantie à vie contre les défauts de fabrication. Une affaire que monsieur Erikson ne put laisser passer, d’autant que l’anniversaire de sa femme approchait à grands pas et qu’avec deux filles dont une en bas âge, une nounou serait la bienvenue (la brochure certifiait qu’il n’y avait aucun problème pour cette utilisation des produits de la compagnie : tout était prévu).
C’est ainsi que Nini entra au service de la famille Erikson. Elle avait 15 ans à l’époque. La maîtresse de maison fut ravie de l’attention de son mari et admira la créature, consciente de sa valeur. En docile créature, Nini fut mise à l’épreuve quelques semaines comme domestique. Douce et bien domestiquée, elle remplit toujours ses tâches avec empressement et se réjouissait d’aider ses maîtres ainsi qu’il lui avait été appris. Satisfait, le couple Erikson décida qu’il était possible de lui confier la surveillance et la garde de leur petite dernière, une fillette de cinq ans nommée Lynn. Nini était ravie. C’était un rôle qui la remplissait de joie : pouvoir aider ses maîtres et avoir leur confiance représentait tant pour elle. C’était son devoir que de bien s’occuper d’eux. Les humains l’avaient créée, et elle devait faire tout son possible pour les aider, c’était l’évidence même. D’autant plus qu’elle aimait beaucoup Lynn qui était une petite fille espiègle mais adorable qui réclamait les câlins de sa nounou. Le plus clair du temps de la créature était passé à s’occuper de la jeune humaine, mais il arrivait aussi qu’elle serve d’autres exigences de ses maîtres. Elle se soumettait à ces ordres avec la même obéissance que celle dont elle faisait preuve en toute chose car c’était son rôle que de satisfaire les moindres désirs des humains.
Elle était toujours bien traitée de façon générale, toujours nourrie avec soin, elle ne manquait de rien, pour une créature. Ses maîtres s’occupaient d’elle et en échange, elle était la nounou de Lynn et le jouet des époux Erikson. Mais cela ne posait pas de problème à Nini, c’était son rôle, elle était née pour ça, il était normal qu’elle fasse tout ce qu’elle pouvait pour satisfaire ses maîtres comme toute créature qui se respecte. Elle aimait ce qu’elle faisait car c’était dans l’ordre des choses, c’était juste, elle le sentait. Finalement, elle était heureuse de servir…
***
Des flammes et du sang. Des braises ardentes tombèrent sur la peau nue de Nini, mordant cruellement dans ses chairs. Elle ignora la douleur, cherchant une issue dans le brasier qu’était devenue la demeure familiale. L’enfer s’était déchaîné sur la terre, en cette froide nuit d’hiver. Alors que tout était calme, les meurtriers étaient entrés, aidés par des traîtres au sein des domestiques. Des domestiques tous humains… Madame Erikson était morte, dépecée par les créatures qui avaient fait irruption dans le salon sous les yeux de sa fille aînée qui s’était enfuie dans les couloirs labyrinthiques et la chasse avait commencé.
Les créatures hurlaient au loin d’excitation, imaginant déjà leurs griffes tranchant les chairs de leurs ennemis. Nini, affolée et à moitié nue avait eu le réflexe de réveiller Lynn avant de l’emmener pour se cacher. L’incendie avait du être déclenché au moment de l’attaque et les flammes avaient vite gagné toute l’habitation. L’excitation des cris des créatures redoubla alors que Nini s’enfonçait dans les profondeurs de la demeure et l’agitation fut couronnée par un hurlement strident qui fut brutalement interrompu, laissant place à un silence horrible, troublé uniquement par les crépitements de l’incendie.
Nini déboula dans une nouvelle pièce déserte et cherchait une issue quand soudain une porte s’ouvrit à la volée. Monsieur Erikson était là, un club de golf ensanglanté à la main. Il était couvert de sang. Dont la moitié au moins lui appartenait. Il coulait d’une profonde entaille au côté droit. L’homme s’appuya sur le montant de la porte avant de reprendre son souffle et de darder un regard hagard sur Nini. Celle-ci recula d’un pas devant la folie et l’intensité qu’on pouvait déceler dans les yeux de son maître.
C’est alors qu’il se mit à hurler.
« Espèce de petite salope ! C’était toi, hein ! Et tu veux me prendre même ma petite fille ! »
Il s’était mis à avancer en délirant.
« Tu as détruit ma famille, je vais te tuer. »
Lynn, ne comprenant pas la folie de son père ni sa violence, s’était mise à pleurer dans les bras de Nini qui ne pouvait articuler un mot. Que voulait-il dire ? Elle était loyale ! Elle essayait de sauver Lynn, c’était sa mission, comment aurait-elle pu se comporter autrement. Elle ne comprenait rien à ce qui arrivait.
Elle était encore figée de stupeur quand le premier coup tomba, la prenant complètement par surprise. Elle n’avait jamais été frappée. Son corps réagit tout seul et elle se plaça sur la trajectoire du club de golf instinctivement pour protéger la petite fille que son père, dans sa douleur, semblait avoir oubliée. L’impact lui démit l’épaule et elle laissa échapper un cri. Elle n’aurait jamais pu imaginer une telle douleur. Les pleurs de Lynn redoublèrent d’intensité.
« Tu résistes, hein ! Tiens, ça t’apprendra ! »
Une nouvelle explosion de douleur amena Nini aux bords de l’inconscience. Du coin de l’œil, elle distinguait des flammes ; l’incendie était maintenant partout. Elle ne pouvait imaginer riposter ou se défendre, c’eut été contre nature.
Alors qu’elle recevait un nouveau coup au niveau des reins, un bruit de course se fit entendre et deux domestiques firent irruption dans la pièce. Toute la scène sembla se figer un instant puis ils se jetèrent dans un bel ensemble sur leur ex patron, le plaquant au sol avec violence en criant leur triomphe : il ne maltraiterait plus jamais de pauvre créature sans défense. Ce fut le répit qu’attendait Nini. Elle rassembla ses dernières forces et s’élança, emportant Lynn dans ses bras. La porte n’était qu’à quelques mètres et de là, un couloir, un coude vers la gauche et une fenêtre. Elles se trouvaient au deuxième étage, mais cette fois, il n’y avait plus d’alternative…
Elle se jeta sur les portes qui lui faisaient face. Des cris d’étonnement fusèrent derrière elle. Elle les ignora. Les battants s’ouvrirent sur le couloir menant vers la sortie. Et elle comprit que tout était perdu.
***
Ses yeux regardaient le plafond sans le voir. Il n’y avait plus rien dans ce monde pour elle. Elle avait échoué et maintenant son univers était détruit. Il ne lui restait plus qu’à mourir auprès de ceux qu’elle aurait du servir… Une ombre se pencha soudain et obscurcit son champ de vision. Elle ressentit un accès de colère. De quel droit venait on la troubler maintenant ? Puis elle se rendit compte qu’elle n’avait pas la force de bouger le bras pour écarter le fantôme. Elle renonça. Après tout, quelle importance ?
Près d’elle, une voix sépulcrale annonça : « On a une survivante ici ! Identité inconnue. »
Lynn voulut parler, expliquer que ce n’était pas la peine. C’était trop difficile, un seul murmure franchit ses lèvres avant qu’une quinte de toux ne secoue son corps, la vidant de toutes ses forces.
« … Lynn… »
Elle sombra dans l’inconscience.
***
Le cauchemar ne s’arrêta pas pour autant. Loin de là. Tout revenait encore et encore. Quand l’acte final de la tragédie s’achevait dans les flammes, c’était pour mieux recommencer. Nini crut hurler mais aucun son ne lui parvint. Son cri n’eut aucun effet visible : pour la millième fois, elle regardait sa main tendue pousser la porte qui menait vers le salut. Pour la millième fois, elle faisait face à la Créature Maudite. Le sourire satisfait de Noah répondait à sa propre terreur. Elle recula au ralenti. Pas après pas, devant cet avatar de destruction. Derrière elle, les partisans de Noah s’étaient rassemblés. Trois créatures et deux humains. Ces deux là maintenaient encore au sol Monsieur Erikson maintenant immobile, le visage en sang. Noah s’approcha et, d’un geste négligeant, trancha la gorge de l’homme, ses griffes traversant la chair comme du beurre tiède. Il ne daigna même pas regarder l’humain qui s’effondrait dans un horrible gargouillis. Il ne venait pas de tuer un homme, il venait de se débarrasser d’un insecte.
Sans prêter attention aux domestiques qui se regardaient avec de grands yeux ni au bouillons de sang qui maculaient ses chaussures, il se retourna vers Nini et prononça ses premières paroles de la soirée, pensant sans doute que la créature qui se tenait devant lui était une alliée.
« C’est bon, tue cette enfant si tu veux et tu seras libre, nous te retirerons ton collier. »
Ces quelques mots semblèrent résonner pendant une éternité dans le crâne de Nini. Elle recula encore avant de serrer les dents quand son dos rencontra le mur. Plus d’échappatoire. Lynn sanglotait et leva des yeux suppliants vers elle. Un regard qui avait valeur d’ordre : « Sauve-moi ». La jeune créature fit passer l’humaine derrière elle et se prépara à lui offrir un rempart de son corps s’il le fallait.
Sifflement exaspéré de Noah. Murmure des domestiques.
« QUOI ?! » Visiblement la patience du chef de la Thianra atteignait ses limites.
_Vous aviez dit que les enfants seraient…
_Vous croyez que je vais laisser une nouvelle génération d’esclavagistes nous dominer ?
_Mais…
Noah fit un geste vers ses compagnons.
« Les humains sont méprisables, en particuliers ces traîtres à leur race. Les Hommes n’ont aucun honneur, et en voici une nouvelle preuve… S’il en fallait encore une après tout ce temps… Tuez-les. »
Alors que les exclamations stupéfaites faisaient place aux suppliques désespérées puis aux hurlements d’agonie, Noah s’approcha de Nini et de sa protégée, juste hors de portée.
« Tu fais une erreur. Ces ordures ne valent pas que tu les aides. Tu t’en rendras compte bientôt. Considère le cadeau que je te fais somme une chance. »
Tendue comme un arc, Nini se prépara à s’élancer, il n’y avait rien d’autre à faire. Elle regretta de n’avoir pour griffes que de pitoyables ongles pour s’opposer aux véritables lames dont Noah pouvait se vanter. Elle prit une impulsion soudaine… Et reçut un revers de la main en plein visage qui l’envoya s’écraser contre le mobilier. La puissance du coup l’avait à moitié assommée. Sa vision était encore trouble quand l’hybride de tigre attrapa Lynn par la nuque, la souleva de terre et lui transperça la poitrine de part en part à l’aide de ses griffes. Il laissa tomber le petit corps au sol sans plus de cérémonie. Elle n’avait même pas poussé un cri, muette d’horreur. Et ce silence hanterait Nini pour le restant de ses jours.
***
Elle ouvrit les yeux brusquement, réveillée par son propre cri. Son pouls battait la chamade. Elle ne savait pas où elle était. Assurément plus au milieu des flammes. Des bandages avaient été appliqués. Des humains partout. Des inconnus. Elle quitta le lit immaculé dans lequel elle se trouvait allongée et tenta de rejoindre un coin de la pièce. A l’abris. Ses jambes refusèrent de la porter et elle s’étala au sol. Elle continua en rampant. Des voix fusèrent dans son dos, insistantes. D’autres humains arrivèrent et entourèrent Nini. Ils parlaient tous. Nini n’en comprenait aucun, trop affolée pour chercher un sens à toutes ces paroles. Elle voulait fuir, se cacher, mourir.
Le silence se fit soudain. Un autre humain était entré. Il n’était pas habillé en blanc comme les autres. Il était calme. Il parla doucement et Nini se calma peu à peu en entendant cette voix qui lui disait quelque chose. Puis fut assez rassurée pour écouter. C’était le pompier qui l’avait sortie des flammes, risquant sa vie pour elle. Elle avait entendu cette voix dans la demeure en flammes puis lorsqu’on la portait vers l’extérieur, vers l’hôpital, en sécurité. Elle l’avait entendue chaque jour depuis.
Mais elle ne dit rien. Comment aurait-elle pu ? Elle avait failli à ses maîtres. Elle n’était plus rien.
Pourtant il sortit de sa poche un objet brillant avant de lui tendre. C’était un collier d’argent tout simple avec un médaillon gravé. Nini connaissait ce collier, elle l’avait déjà touché si souvent…
« C’est pour toi, Lynn. Il est à toi, tu te souviens. Il nous a dit qui tu étais… Tu veux que je te le mette ? »
***
Noah s’approchait d’elle à pas lents. Les braises le frôlaient mais il n’en avait cure. Il se pencha sur Nini et sortit à nouveau ses griffes. La domestique, sonnée, ferma les yeux en attendant le coup fatal. Rien ne vint à part le bruit des lames du chef de la Thianra qui tranchent le cuir d’un collier. Il se releva en toisant la jeune femme, à nouveau un vague sourire aux lèvres, et s’adressa à ses compagnons.
« On se tire. Le message est envoyé, on n’a plus rien à faire ici. Ces saletés d’humains vont se pisser dessus. »
Il ne bougea pas avant que les autres se soient éloignés.
« Et toi, maintenant, tu n’as plus le choix. »
Nini resta figée par l’horreur qu’elle vivait, son cerveau était incapable d’appréhender l’étendue du viol que sa vie venait de subir. Elle était tétanisée, anéantie.
Comme si il pensait à quelque chose au dernier moment, Noah se pencha sur le corps sans vie de l’enfant et retira avec une délicatesse déplacée le collier qu’elle portait avant de le passer au cou de Nini avec autant de précaution.
« Voila. Maintenant tu as un collier bien plus seyant. Profite de ta liberté. Et n’oublie pas que tu as une dette envers moi. »
Sans rien ajouter il se détourna, se saisit du cadavre de la petite fille et le jeta dans le brasier comme une brindille sèche avant de s’éloigner, les flammes léchant sa silhouette et dansant autour d’elle. Nini ne put alors retenir un cri déchirant.
« Lyyyynn ! »
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Equipée des Bottes de convocation d'Hémoroïdes
"La mort vient de du derrière."